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Dans l'actualité Robert Hirsh est mort

GROS PLAN
Affiche du spectacle
© X,dr
Jeudi 16 novembre, le cœur du Théâtre a cessé de battre. Robert Hirsch, le plus grand comédien de notre époque, rejoignait ses pairs, les Lagrange, Mounet-Sully, Rachel, Mademoiselle Mars ou Henri Rollan qui fut son maître au Conservatoire. Obtenant à l’unanimité deux prix de comédie, les portes de la Maison de Molière s’ouvrent toutes grandes pour lui, en 1948.

Se cantonnant dans les rôles de second ordre, on le remarque vite. Notamment dans Les Fausses Confidences de Marivaux, avec, pour partenaire, Micheline Boudet. Sociétaire en 1952, il devient l’icône vivante de la Comédie-Française. Et ceci jusqu’en 1974. Il jouera tous les auteurs, classiques et modernes avec une prédilection pour Molière, parfait Tartuffe dans la mise en scène de son camarade et ami, Jacques Charon. De temps en temps, il changeant de registre. C’est ainsi que les habitués de la Salle Richelieu auront la surprise de le voir dans Néron, du Britannicus de Racine. Quatre ans avant de faire ses adieux, il entrera dans la peau du Richard III de Shakespeare, faisant tinter son pied-bot et inclinant la tête à l’horizontale de sa bosse.

Tour à tour sadique et pitoyable, il travaillait sa voix, baissant l’intensité quand il le fallait pour la confidence empoisonnée et le rire sous cape. Bien entendu, c’était dans le registre comique qu’il se lâchait le plus, notamment dans Bouzin du Fil A La Patte. Avec Hirsch, Feydeau devenait le père de Chaplin. Rien d’étonnant que le gag l’ait habité : consommateur de films, il le fut dès l’enfance puisque son père dirigeait un cinéma : L’Apollo de L’Isle-Adam. Le mouvement, le geste, l’allure étaient sa carte de visite. Ce qui explique qu’avant de déclamer il ait regardé du côté de la danse. Maurice Béjart ne s’y trompera pas quand il l’engagera dans Le Molière Imaginaire.

A la manière du Maître – celui de tous les comédiens, autrement dit Molière – il rêvait de mourir en scène. Dans cette attente, il campait dans sa loge, l’abandonnant pour un sauna des environs, histoire de se tenir en forme. Et il était mince et élégant, près à prendre à l’écran tous les risques, comme dans de Pas Question Le Samedi ! où il jouait 13 rôles. Jean Delannoy a fait de lui le poète Gringoire dans Notre-Dame de Paris, "époux de paille" de son Esméralda, Gina Lollobrigida.

Toujours au cinéma, Robert Hirsch affectionne les personnages tourmentés, pour ne pas dire tordus, comme dans Traitement de choc ou ce film quasi-inconnu aujourd’hui, 125 Rue Montmartre, où il partage l’affiche avec Lino Ventura. Mais, pour lui, le chef d’œuvre des chefs d’œuvre reste Hiver 54 où, rejoignant l’Abbé Pierre de Lambert Wilson, il est Raoul, ce déchet de la société, qui renonce au suicide pour aider les autres et qui découvre l’amour. Le vrai. Celui des hommes au travers du Christ.

Passé le temps de La Comédie-Française, il se lance sur scène dans de nouvelles aventures, comme Le Gardien de Pinter, Mon Faust de Valéry - où il est un Méphisto de grande classe, si élégant – Le Bel Air De Londres où le dandysme et l’extravagance rejoignent une hystérie qu’il ne contrôle pas toujours. A la ville ou à la télé, on rit de ses parodies : celle d’une ballerine qui a du mal à se tenir debout ou, en duo avec Jean Le Poulain, d’une danseuse de French-Cancan.

Le sérieux revient vite, comme pour mieux frapper. Et c’est le rôle de Père dans la pièce de Florian Zeller qui lui vaut un immense succès. Amateur de bons textes, Hirsch, il y a quelques semaines, est encore en quête de rôles. Ses contemporains l’ont reconnu - il a obtenu quatre molières – mais reste d’une modestie étonnante. Une chute dans son appartement, on le transporte à l’hôpital et, deux jours plus tard, dit adieu à ses beaux rêves. A 92 ans, cela aurait pu être le début d’une nouvelle carrière : l’éclosion n’a pas d’âge, disait Colette.


Publié le 21/11/2017
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