• Trente-neuf ans de règne : plus que la prĂ©sence au pouvoir de tous les prĂ©sidents de la Ve RĂ©publique ...
  • Trio endiablĂ© Ă  la manière d'un vaudeville, 
  • Une chanteuse provocante, trois musiciens dĂ©jantĂ©s, des textes drĂ´les et percutants, voilĂ  la recette de ce spectacle vivifiant et fantaisiste ! Ils puis en tournĂ©e en France.
  • Ne manquez pas ce spectacle Ă©bouriffant et drĂ´le qui tourne en rĂ©gion parisienne et en province !
  • ''<i>L’homme le plus aimĂ© des Français</i>'' revient parmi nous. Il nous raconte sa vie, affirmant que rien n’est dĂ©sespĂ©rĂ©.


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Après Le Balcon et Les Bonnes, La Comédie-Française donne Haute-Surveillance de Jean Genet. C’est un diamant noir qui s’offre au public et qui mériterait une captation.

INFOS PRATIQUES
Affiche du spectacle
© X,dr
Du 16/09/2017
au 29/10/2017

18h30.
Studio-Théâtre de la Comédie-Française
Galerie du Carrousel du Louvre
75001 PARIS
Réservations :
01 44 58 98 58
Site Internet
Peut-on imaginer le sourire de Molière dans sa moustache fleurie ? Moi, je l’imagine très bien. Et pour deux raisons. La première, c’est qu’une de ses salles « donne la comédie » à deux pas de la pyramide inversée du Louvre. Quelle modernité ! La seconde, c’est que sa "Maison" a eu le courage d’inscrire à son répertoire  la liturgie Jean Genet.

  Plongés dans les ténèbres, Cédric Gourmelon et son scénographe, Mathieu Lorry-Dupuy, nous font espérer la lumière. On distingue à peine le maton de service balayant le sol. Puis les trois taulards se pointent devant nous, leurs visages à demi- éclairés. Introibo ad altare Dei… L’office peut commencer. Et quel office ! Hiératiques, Yeux-Verts échangent avec Maurice et Lefranc. Maurice, c’est le plus jeune : belle gueule d’ange, muscles saillants sous son Tshirt gris, voix indécise. Lefranc, taciturne, tournant le dos au public, rumine quelque chose. Ils lutteront petit à petit, mais c’est une lutte avec des mots, se disputant l’héritage affectif de celui qui, condamné à mort, s’apprête à monter à l’échafaud. La pègre le considère comme un saint. Et Maurice est follement amoureux de Yeux-Verts. Dans le monde carcéral, chacun a son maître et il est son maître. Quelqu’un pourtant les dépasse tous : le grand caïd, Boule de Neige, qu’on ne voit jamais mais omniprésent. "Il est noir et éclaire deux mille cellules." Il a donc tout du grand sorcier. Lefranc, le troisième larron de la cellule, serait prêt à l’invoquer, car il est fou de jalousie. Fou de jalousie pour la passion que Maurice nourrit à l’égard d’Yeux-Verts. Mais cette passion n’a rien de commun avec les amours d’homosexuels, comme elles pullulent dans le milieu carcéral. Il en est de même pour la jalousie de Lefranc.

L’histoire est plus compliquée. Yeux-Verts n’est rattaché à l’extérieur que par la correspondance qu’il entretient avec sa femme. Or il est analphabète et il a besoin de Lefranc qui est le seul à savoir tourner une lettre. Dur le registre amoureux, celui-ci visiblement en rajoute, si bien que l’image de cette femme devient le champ clos de leurs fantasmes. Et surtout des fantasmes de Maurice qui ne cesse de talonner Yeux-Verts, lequel s’est fait tatouer le portrait de la belle inconnue. A la demande de Maurice, Yeux-Verts accepte de soulever son Tshirt et de montrer sa poitrine. Est-ce pour le tatouage ou pour… Maurice, en tous cas, s’abime dans une semi-adoration.

Un tel amour, amour par procuration, s’épure au fur et à mesure de l’action. Le langage a la pureté du cristal. Et, tandis que la logique se dilue, la pièce devient un poème à trois voix, avec, pour point d’ancrage, l’arrivée de la musique. D’abord en fond sonore, puis comme un personnage à part entière. C’est le Stabat Mater de Vivaldi.

Certains regretteront un manque d’action, au bĂ©nĂ©fice justement de cette splendeur cĂ©rĂ©monielle. Mais CĂ©dric Gourmelon qui connaĂ®t bien Jean Genet – et qui en a montĂ© dĂ©jĂ  trois pièces – n’a fait que suivre Ă  la ligne, Ă©vitant le piège de l’Actor Studio et du naturalisme bas-Ă©tage de la production newyorkaise, qui avait tant dĂ©plu Ă  l’auteur. Pour ce qui est de la distribution – deux sociĂ©taires et deux pensionnaires – elle reflète La ComĂ©die-Française de 2017.

SĂ©bastien Poudroux (Yeux-Verts) avec sa barbe de prophète – et on sait ce qu’un prophète signifie en prison ! – inspire sans ambiguĂŻtĂ© le respect. Il dĂ©fend le prĂ© carrĂ© de sa solitude. Tout en sachant que le monde est fini pour lui, il s’aperçoit qu’il a encore quelques comptes Ă  rĂ©gler. On le sent cependant dĂ©jĂ  au-delĂ  du miroir. Christophe Montenez (Maurice) a le besoin viscĂ©ral d’aimer, un point c’est tout. Il est fragile, touchant et prĂŞt lui aussi Ă  monter au sacrifice – le sacrifice par amour ! JĂ©rĂ©my Lopez (Lefranc), avec son caractère taciturne, a la duretĂ© de l’obsidienne. Il est implacable. Explosera-t-il ? Pierre Louis-Calixte (le maton) est ni plus ni moins qu’un dĂ©cor vivant : il sue la prison et modère sa perversitĂ© de quelques moments d’empathie. La scĂ©nographie de Mathieu Lorry-Dupuy vaut d’être citĂ©e : elle est sobre et d’uns efficacitĂ© en parfaite harmonie avec les costumes de Cidalia Da Costa.

Haute-Surveillance se regarde. Mais, au bout d’un quart d’heure, on se rend compte que l’action n’est plus sur scène. Elle se joue à l’intérieur de nous et ne cesse de nous questionner.
Mis à jour le 16/10/2017
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