Laurent Bàn : ''Je vais où le corps me porte !''


Passionné de théâtre et aussi de musique, ce "Zorro" des temps modernes (il campait le personnage du héros masqué dans la comédie musicale) s’accorde quelques vacances et un petit séjour à Toulouse pour passer une audition pour un musical au studio Polygone.

Issu d’une formation d’art plastique, Laurent Bàn, qui voulait être graphiste, découvre le théâtre lors de son année du bac. Il aime cette énergie, cette adrénaline qui donne un véritable coup de sang. Passionné aussi par la musique, il crée différents groupes allant du rock à la variété. C’est ainsi qu’il se forme au chant. En parallèle il apprend le théâtre au Conservatoire de Nancy.

Puis c'est le grand départ pour la capitale. Laurent Bàn passe son premier casting devant Alfredo Arias à l’Opéra Comique. Grâce à son naturel, il est engagé pour la création de Peine de cœur d’une chatte française à Paris, avant de partir, pendant deux ans, en tournée dans le monde entier, notamment en Italie. C’est là qu’il apprend l’italien, ce qui lui permettra plus tard de jouer en Italie Il Conte de Monte Cristo. Avec Alfredo Arias Laurent Bàn vit vraiment comme un artiste. Pour lui, cette expérience est une véritable formation qui lui permet d'être "pro et efficace".

Très curieux, Laurent n’aime pas se cantonner à une seule chose, à un seul élément. Il aime le mélange des genres. Il se retrouve tout naturellement dans le théâtre musical. En 2001, il joue dans Notre-Dame de Paris de Richard Cocciante et Luc Plamondon à Mogador, en tournée française et asiatique. On le retrouve aussi dans Chance d’Hervé Devolder et dans Hair. Au cinéma, il joue dans Alive avec Richard Anconina, il double la voix du fantôme dans Le Fantôme de l’opéra et actuellement, il est Gérald dans la série Chante sur France 2.

Laurent Bàn écrit aussi des spectacles. Dernièrement, il a adapté et produit Marlène D et Le Journal d’Adam et Eve, un spectacle auquel il tient beaucoup et qu’il joue avec Chiara Di Bari (Notre-Dame de Paris, Il était une fois Jœ Dassin jusqu’au 12 novembre 2011 au Grand Rex à Paris).

Récemment, il a aussi endossé le masque de Zorro pendant une saison à Paris aux Folies Bergères. Après quelques représentations au Liban en plein air dans un paysage idyllique, il s’accorde quelques vacances et un petit séjour à Toulouse pour passer une audition pour un musical au studio Polygone.

Sur une belle terrasse colorée, à Saint-Pierre à Toulouse, il découvre les joies de la tranquillité et du décor qu’offre le Pont neuf et l’hôpital de la Grave en fin d’après-midi. Il découvre surtout qu’à Toulouse, la vie n’est pas trop chère ! Le café à 1€ : rarissime pour un Parisien !

 Laurent, vous étiez Zorro aux Folies Bergères la saison dernière. Qu’est-ce qui vous a plu dans ce musical ?

"C’est avant tout un musical à part entière. Il y a une vraie écriture dans le livret, un orchestre live, de l’escrime, des cascades, des danses, du théâtre, du chant... C’est un vrai show où chaque artiste joue un rôle très important, qu’il soit comédien-chanteur, musicien-chanteur ou seulement comédien. Georges Beller joue le rôle du vieux gitan. Bien qu’il ne chante pas, son rôle est très important pour l’intrigue et son interprétation est d’une exceptionnelle justesse. Rien n’est laissé au hasard. Pendant la longue série de représentations, toutes nos journées étaient ponctuées par des répétitions et des recadrages des cascades et des combats d’épées. Tout est mis en scène au millimètre près. C’est ce qu’il y a d’excitant dans un tel show. Il faut être tout le temps concentré. Sur scène et en coulisses, toute la troupe s’affaire au bon déroulement du spectacle. Quoiqu’il arrive, le spectacle continue ! Une fois, un cascadeur m’est tombé sur les cervicales. Un autre soir, lors de nos combats à l’épée sur scène, comme il n’y a pas les boules de protection, mon arcade a été touchée... C’est un véritable parcours du combattant !"

 Qu’est-ce qui vous a déplu ?

"Qu’il n’y ait pas eu une assez bonne communication sur le spectacle. Les gens de province ignorent presque ce musical. La promotion a été complètement ratée. C’est dommage car on aurait aimé faire une tournée. Ça permet de partager tellement plus entre artistes et avec nos différents publics."

 A quoi ressemble votre après-Zorro ?

"Je passe des auditions pour des films, des doublages de voix et pour le théâtre. Je profite de ne pas être sur scène pour créer et pour aller voir des spectacles."

 Que pensez-vous de l’univers du théâtre musical français ?

"Je pense qu’il y a un véritable problème de culture. Il n’y a pas de référence réelle dans la comédie musicale. En effet, pour les gens, ça passe par le disque. Ils pensent que pour voir une bonne comédie musicale, il faut des tubes et un CD. Il faut quitter cette dictature du disque. Certaines personnes qui vont voir les comédies musicales s’y rendent pour écouter un album mis en scène. Or, le théâtre musical, le spectacle musical ou le musical tout simplement, c’est une réelle écriture d’un livret avec une véritable mise en scène et une recherche scénographique et surtout un orchestre live. Je suis rassuré car on avance doucement et des perspectives s’ouvrent. En revanche, il n’y a pas une réelle et importante diffusion concernant le spectacle musical."

 Vous êtes présent presque chaque année au festival Diva. Pouvez-vous nous en dire plus ? ( (lire par ailleurs) )

"Le temps d’une soirée, le festival Diva réunit différents artistes du théâtre musical qui viennent interpréter, adapter et s’amuser avec les succès passés ou futurs des musicals. Ça nous permet de tous nous retrouver sur scène et de partager notre passion commune pour le musical."

 Quelle est votre plus grande crainte dans ce métier ?

"Je ne voudrais pas que nos salaires continuent à niveler vers le bas. Aujourd’hui, certains artistes payent pour pouvoir jouer et d’autres acceptent de monter sur scène à n’importe quel prix."

 Et votre plus grande joie ?

"De vivre de ma passion. C’est un luxe. On a qu’une seule vie, il faut la remplir de plaisir. Grâce à mon métier, je voyage à travers le monde. Je découvre différentes cultures. Je vis à 200%. Je vais où le corps me porte. Par exemple, grâce à la tournée asiatique de Notre-Dame de Paris, je mène en parallèle une véritable carrière solo là-bas avec mon album Ante et je me produis régulièrement sur scène en Asie."

 Le mot de la fin ?

"Le mot de la fin... c’est qu’il n’y en ait pas, que cela dure le plus longtemps possible." 

Olivier Maraval