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vers le chemin de son vieillissement, vers sa voie choisie mais parfois subie.
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  • Barbe bleue, le conte de Charles Perrault revisité dans une version comédie musicale fraîche et délicieusement cruelle.
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Une des pièces les plus jouées aux Etats-Unis depuis l’attentat du 11 septembre, c’est un hymne à la tolérance écrit en Allemagne, au XVIIIe siècle, par un des écrivains majeurs de L’Aufklärung, c’est-à-dire de la Philosophie des Lumières. Une rareté en France.

INFOS PRATIQUES
Affiche du spectacle
© X,dr
Jusqu'au 13/04/2017
Prochaines représentations : mercredi 1er mars, mercredi 22 mars, jeudi 13 avril, 20h45. Sans doute reprise plus tard.
Nord-Ouest
13, rue du Faubourg Montmartre
75009 PARIS
Métro Grands Boulevards
Réservations :
01 47 70 32 75
L’action se passe à Jérusalem lors de la troisième croisade. Le royaume franc est en butte aux assauts du sultan Saladin qui veut reprendre la ville. Il a capturé des templiers et les fait exécuter sur le champ, à l’exception d’un seul. Pourquoi cette clémence ?... Mais, à peine libéré, Kurt von Stauffen sauve des flammes une jeune fille, de la maison de Nathan, Nathan le Juif que tout le monde révère sous le nom de Nathan le Sage. Pour preuve, l’affection que lui porte Al-Hâfi, derviche zoroastrien – donc appartenant à la vieille religion perse - devenu trésorier du sultan. La réputation de Saladin n’est plus à faire. Malgré la cruauté et l’avidité de l’époque, on le sait modéré, désintéressé. Pourtant il convoque Nathan. Est-ce pour de l’argent ? Saladin, curieux de cette sagesse proverbiale, ne songe qu’à l’éprouver. Nathan lui répond par la parabole des trois anneaux.

Un père possède un anneau qui a le pouvoir de susciter l’amour de tous. Il le lègue à son fils. Et l’anneau circule ainsi de génération en génération, jusqu’au jour où celui qui le possède et qui aime ses trois fils du même amour, très embarrassé pour le succession, a l’idée d’en faire réaliser deux copies, promettant en secret à chacun de ses fils l’objet aux pouvoirs magiques. A la mort du père, chacun se targuera de posséder celui qui est authentique, non les autres. Un juge se penchera sur l’affaire. Il en déduira que celui qui remettra en cause l’anneau remettre en cause la parole du père. Or le père ne peut avoir menti. Cessant d’être obnubiler par l’authenticité de l’anneau, les trois frères n’auront d’autre devoir que d’insuffler plus de vertus à leurs proches et à leurs descendants,. Saladin comprend immédiatement que le père représente Dieu et les trois anneaux les trois religions. Sans cesse en conflit. Surtout en ces temps de croisade. En fait, les trois anneaux sont trois copies, l’original étant perdu et représenterait la croyance originelle.

La parabole des anneaux est le cœur de la pièce. Elle n’entame en rien l’action. Avec ses rebondissements, ses apparitions fulgurantes, comme celle du templier, chrétien alpha qui ne cherche trop à comprendre, face à Nathan, le représentant de la communauté d’Israël. Lui, semble serein, alors qu’à l’instar de Job, il est en proie à la colère de Dieu, le punissant ou le mettant à l’épreuve. Bref, il a perdu sa femme et ses sept enfants. En revanche, il a recueilli d’un moine lai Recha, une jeune chrétienne. Et sa réaction a été de dire : «Enfin, Seigneur, tu m’en rends un ! » Le beau templier, drapé dans son manteau blanc, l’impressionne, puis il lui dit toute reconnaissance quand il apprend que c’est lui qui a sauvé Recha. Mais, Kurt von Stauffen va plus loin. Fou d’amour pour cette fille, il la la demande en mariage. Tout change alors. La réticence de Nathan amène le templier à prendre conseil auprès du Patriarche, lequel, plus fanatique que les fanatiques, exige qu’il lui livre le juif afin de le brûler. A l’esprit s’oppose la lettre qui tue.

En écrivant cette pièce, Gotthold Ephraïm Lessing brosse un hymne à la tolérance, d’autant qu’il clôt une querelle théologique dont il avait du mal à sortir. Son adversaire, le pasteur Gœze, ressemble trait pour trait au patriarche de Jérusalem qu’il serait plus honnête d’appeler grand inquisiteur. C’est Dominique Vasserot qui campe ce terrible personnage, face au jeune templier, silhouette mince et personnalité qui flotte. Au départ, il est taciturne et en impose, mais habité par l’amour, il devient fragile et prêt à tout renier, n’hésitant pas se jeter aux pieds de ceux qu’il supplie. Déchiré, mais la voix dans le masque et le geste vif, Alexandre de Pardailhan n’en est pas moins convaincant. Ses traits ressemblent étrangement à ceux de Bernard de Clairvaux, or c’est saint Bernard qui a créé les templiers avec, pour mission initiale, de protéger les voyageurs et les pèlerins en Palestine. Nathan distille un superbe discours que l’on doit à Pierre Sourdive. Il se dégage de lui une sérénité et un recul qui nous laisse coi. Dans son ombre, Daja, la servante chrétienne. Le rôle est confié à Monique Lancel, énigmatique à souhait. Elle semble ne rien voir dans la maison, mais sait parler quand il le faut. C’est elle qui livre le premier secret…

Saladin, le charismatique Saladin, a des réminiscences d’Octave du Cinna de Corneille. Il rend la justice, en bon fils de l’Islam, mais c’est avant tout un chef. Lui aussi est la proie d’un secret et d’un trouble qu’on en connaîtra qu’à la fin – d’où sa retenue. Il nous est. Moa Abad est parfait dans ce registre, avec une libération étonnante à la dernière scène. Hélène Robin est une Sittah réservée, pétrie de dignité mais combien efficace dans les conseils qu’elle donne à son frère, le sultan. La fraîcheur de Recha c’est celle de Selma Noret-Terraz. Elle est partagée entre l’amour pour son père adoptif Nathan et son attirance pour le chevalier blanc… Le frère lai, encapuchonné, ne fait qu’une apparition, mais elle est de taille. Comme Daja, c’est une des pièces majeures de l’intrigue. A Joseph Dekkers, ce rôle essentiel. Le derviche Ali-Hafi tourne sur lui-même du début à la fin, au sens propre et figuré : il est vraiment dans les mains de Saladin et celui-ci joue avec lui. Le rôle tenu par Bernard Lefebvre est plus important que l’on peut le penser. Lessing, aux trois religions campées sur scène, en ajoute une quatrième : celle de Zarathoustra. Or, cette vieille religion du feu, chaque fois qu’on l’évoquait au XVIIIe siècle, faisait référence à la franc-maçonnerie à laquelle d’ailleurs Lessing appartenait, tout comme celui qui sera son disciple, Gœthe.

Mais revenons à la mise en scène de notre pièce ! On la doit à Jean-Luc Jeener en personne – lui qui dirige et anime le Théâtre du Nord-Ouest. Elle est sobre, précise, avec une direction d’acteurs parfaite. Il n’était pas facile de monter un œuvre aussi foisonnante et d’en trouver l’adaptation conforme au goût français. Bref, ce fut un peu une gageure, mais on ne s’en rend pas compte, car le spectateur est tenu en haleine du début à la fin.
Mis à jour le 25/02/2017
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