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A la Une Maria Pacôme nous a quittés, ce samedi 1er décembre

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Au milieu d’une France en éruption, la plus volcanique de nos comédiennes a tiré sa révérence dans un silence assourdissant. Il est vrai que ses derniers moments ont été l’antithèse de cette merveilleuse nature dont la seule apparition déclenchait les rires. A 85 ans, face à Jean Piat, elle joue La Maison du Lac, mais, au travers de répliques pétaradantes, se lit déjà les inquiétudes de la vieillesse. Personnellement, je n’oublierai jamais son sourire mélancolique qu’accentuaient les dents du bonheur dont elle était dotée. Les affres de la fin de vie, conjuguées à une longue maladie feront de ses derniers temps un vrai calvaire. Son fils François, dans une déclaration, tirera la sonnette d’alarme d’une société qui accompagne bien mal ceux qui nous ont aimés.

Mais, de Maria, ne retenons que les moments de bonheur qu’elle a procurés à la France entière, s’invitant dans les foyers par le truchement du petit écran et de l’émission Au Théâtre Ce Soir - laquelle a duré vingt ans. Pensionnaire attitrée, Maria Pacôme était la reine de ce « Boulevard », avec des pièces comme Les Enfants d’Edouard de Marc-Gilbert Sauvageon, Interdit au Public de Jean Marsan et Roger Domès ou Le Don d’Adèle de Barillet et Grédy. Son milieu familial ne la prédestinait pas aux planches, tout au contraire. Sa mère était couturière et son père chauffeur mécanicien, engagé politique et déporté. De retour de Buchenwald, complètement cassé, c’est elle qui a dirigé la famille, déjà endeuillée par un frère fusillé par les nazis. Mettant en veilleuse des aspirations, elle travaillera comme arpette chez le chausseur André. Pourtant, on la verra au Cours Simon, côtoyant Michèle Morgan et Danièle Delorme. En 1950, lors d’une tournée des Parents Terribles de Jean Cocteau, elle s’amourachera de Maurice Ronet, coqueluche de toutes les femmes, puis l’épousera. Craignant de lui faire de l’ombre, elle ravale ses ambitions, se consacrant à la peinture et à la céramique. Mais, six ans plus tard, après son divorce, Maria Pacôme renoue avec le théâtre, dans La Reine et les insurgés d’Ugo Betti, aux côtés d’Edwige Feuillère.

Deux ans plus tard, elle crée Oscar avec Pierre Mondy et Jean-Paul Belmondo. En 1972, reprenant la pièce, elle partagera le triomphe de Louis de Funès. S’étant fait les dents sur N’écoutez pas, Mesdames de Sacha Guitry ou Madame Jonas dans la baleine de René Barjavel, il installera son personnage de bourgeoise excentrique dont le rire et les situations en cascades alimenteront l’empathie que lui réserve le public. Avec Le Noir te va si bien de Saul O’Hara, elle atteint le summum de l’art. Face à elle, un clown cynique : Jean Le Poulain. L’argument fait appel aux ficelles des romans policiers. Les deux personnages, ayant été mariés moulte fois et ayant raflé la mise au passage, décident cette fois de s’attaquer l’un à l’autre. Concoctant un assassinat er jouant d’imagination, ils sont malheureusement de force égale. Leurs tentatives échoueront donc. Toutefois ce match est un régal et Pacôme et Le Poulain tendent à la perfection, s’améliorant d’une représentation à l’autre.

Maria Pacôme, un peu lasse d’être cantonnée dans le même registre, décide de passer à l’écriture. Interprétant ses textes, elle multipliera les nuances, jouant sur le rire, mais aussi le pathétique. Merveilleux souvenir d’Apprends-moi, Céline ! Avec Daniel Auteuil. Au cinéma - outre sa prestation dans Les Sous-doués, Le Distrait et Les Tribulations d’un Chinois en Chine – elle bénéficiera d’un des plus beaux rôles que lui écrira Coline Serreau dans La Crise. Mère de Vincent Lindon, personne n’oubliera sa réplique anthologique, au bord de la crise de nerfs : « Tes problèmes, je m’en fous… »  C’est que Maria Pacôme, follement gaie, était follement humaine. Valeur rare aujourd’hui !


Publié le 16/12/2018
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