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Le Téléthon arrive et, avec lui, la petite dictature bienpensante de sa cohorte de fidèles. Je n’écris ni pour ni contre le Téléthon. J’écris contre ceux et celles qui présument de votre soutien. Je dénonce l’intolérance de ces justiciers sociaux qui vous imposent leurs choix, qui – se sentant invincibles et abrités par un courant de pensée dominant – vous culpabilisent et vous rackettent si vous ne partagez pas leur opinion en allant jusqu’à donner à votre place et sans votre consentement le fruit de votre travail à une œuvre de bienfaisance.

Pour situer le contexte, je parle de ces troupes (ce n’est pas la majorité) qui s’assoient sur leurs obligations légales et se permettent de produire un spectacle dont vous êtes l’auteur sans le déclarer à la SACD, au prétexte que c’est "pour la bonne cause".

Petit rappel procédural : lorsqu’une association décide de jouer un spectacle du répertoire de la SACD au bénéfice d’une œuvre caritative, qu’il s’agisse du Téléthon, de l’ARC, d’Amnesty International, ou n’importe quelle cause animale, politique, écologique, humanitaire ou autre thème qu’elle juge d’utilité publique, l’organisateur doit faire une demande d’exonération des droits d’auteur auprès de la SACD. Puis, la SACD se rapproche de l’auteur de l’œuvre pour savoir s’il accepte de céder ses droits à titre exceptionnel et pour cet usage précis. Si, au vu de ses convictions personnelles, l’auteur accepte, la SACD appliquera l’exonération. Si l’auteur refuse, l’association pourra donner le bénéfice du spectacle à la cause pour laquelle elle milite mais s’acquittera normalement des droits d’auteur.

Cela se fait de manière fluide et ainsi, autant l’engagement militant de l’organisateur que le droit de propriété intellectuelle de l’auteur sont respectés. Lorsque cette procédure n’est pas observée, la représentation est qualifiée par la justice de contrefaçon (c’est-à-dire en langage courant : de piratage, de vol). Dit d’une autre manière, cela revient, pour l’organisateur, à faire un don avec l’argent d’un autre.

Cela me semble incroyable d’être obligé d’expliquer cela à d’un président d’association qui ne comprend pas que je ne sois pas d’accord. Quelle gueule ferait ce citoyen si en fin de mois son patron lui annonçait, la bouche en fleur, qu’il a rogné sa feuille de paie d’une journée de salaire au bénéfice d’une œuvre caritative sans lui avoir demandé son avis ?

Dites "non" à un bénévole du Téléthon, et vous vous en prenez plein la gueule ! (Je n’exagère pas, je l’ai testé à maintes reprises). Vous êtes un barbare au cœur de pierre qui ne s’émeut pas la détresse de millions d’enfants malades. Hop ! Aussitôt il passe au niveau du jugement de valeur : VOUS êtes la brute, le méchant et lui le bon chevalier de la justice sociale. En bon petit dictateur, il vous impose ses choix mais ne le reconnaîtra jamais.

Amis auteurs, la dernière chose à faire est d’argumenter. Ne vous lancez surtout pas dans une diatribe selon laquelle vous pensez que si ça se trouve, décoder le génome humain n’est pas une si bonne idée que ça dans une société libérale où ce sont des multinationales privées qui vont se faire de couilles en or en exploitant les résultats pour vendre des élixirs de jouvence à la classe économiquement dominante, ou, pour les plus imprégnés d’entre vous par la théorie du complot, pour fabriquer sciemment les cancers de demain afin d’éradiquer la résistance des palestiniens de Gaza. Contentez vous de dire : "Faites la démarche à laquelle vous êtes légalement tenus de vous conformer et laissez-moi décider si je partage votre cause. Dans le cas contraire, je demande l’annulation de votre représentation".


Publié le 15/11/2017
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