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Dans l'actualité Hommage à Jean Rochefort, moustachu récalcitrant

GROS PLAN
Affiche du spectacle
© X,dr
Enfoui sous les fleurs et les hommages, après un service à Saint-Thomas d’Aquin – la paroisse des aristocrates – Jean Rochefort semble nous dire de sa voix de funambule : "Oh ! Merci, merci, c’est beaucoup trop !" Entendez par là : trop d’hommages futiles, insincères, à l’image du showbiz et des coulisses du cinéma qu’il fuyait comme la peste, tourné vers une vie intime et familiale, déjà très compliquée. Au début, bien peu de ces gens l’ont aidé, le Conservatoire lui ayant interdit de se présenter au concours de sortie. D’un seul coup, tout s’écroulait, balayant ses rêves de lointaine enfance. C’est à Saint-Lunaire, durant l’hiver 1948, que monta en lui ce désir de théâtre. Ses parents s’étant séparés, il se retrouvait seul avec sa mère. Son seul camarade – fils du bazar local – l’encouragea à prendre des cours d’art dramatique. Ceci d’abord à Nantes, puis, de retour à Paris, rue Blanche, antichambre du Conservatoire. Ce même Conservatoire qui, l’excluant, lui coupait les ailes.

Mais l’échec n’existe pas chez un homme comme Jean Rochefort. Regardons les photos d’époque ! Il a la fièvre dans les yeux. Cette fièvre, la compagnie Grenier-Hussenot l’exploitera, sept ans durant. Et c’est là qu’il apprendra tout des planches : l’exubérance, le travail du corps et cet amour des beaux textes, englobant des auteurs de toute nationalité, comme Peter Ustinov – L’Amour des Quatre Colonels et Romanoff et Juliette. Avec Jean Vilar, donc le TNP, lui découvrira Obaldia – Génousie. Harold Pinter sera aussi sur sa route. Et ce sera La Collection et L’amant, au Théâtre Hébertot, puis, en 1971, au Théâtre Montparnasse, C’était Hier, dans la mise en scène de Jorge Lavelli.

Le cinéma est vampirique. Et Rochefort se laisse dévorer. Peu d’intérêt, du moins au début ! On le remarque en 1972 avec Les Feux de la Chandeleur, face à une copine du Conservatoire, Annie Girardot. Il embraye ensuite rôle sur rôle : 150 (téléfilms compris). On ne peut oublier les deux Tavernier – L’Horloger de Saint-Paul et Que la Fête commence ! – les deux Yves Robert – Un éléphant ça trompe et Nous irons tous au paradis. Enfin Le Crabe-Tambour où le drapeau est à la gravité, d’autant que pour nourrir son rôle, il fait appel au chagrin qu’a occasionné la mort d’un ami. Autre registre avec Le Mari de la Coiffeuse de Patrice Lecomte, où il esquisse une danse déchaînée, et Les Grands Ducs – du même réalisateur. La Bande du Conservatoire  reconstituée s’en donne à cœur joie. Trio loufoque : Rochefort, Marielle, Noiret.

Mais l’acteur Rochefort ne tourne pas que des chefs d’œuvre. "Il faut que je paye l’avoine de mes chevaux", car, très versé sur l’équitation, il pouline et monte des Pégase dans une Beauce où l’on s’embourbe souvent. Le cheval lui est venu avec Jean-Paul Belmondo, en tournant Cartouche. Mais ce même cheval précipitera sa fin de cavalier, avec un Don Quichotte raté dont ne reste qu’un making-of de quelques scènes. Une hernie discale l’handicapera à vie et il ne pourra plus jamais monter. De plus, apprenant la mort de Rossinante – que l’on avait privée d’avoine afin de la rendre étique – Rochefort sombrera dans la dépression. Le sort des êtres vivants a toujours préoccupé ce dandy, qui, dévoué à ses semblables, s’investira dans les Enfants de Don Quichotte, main tendue aux SDF.

Si bien films restent dans notre mémoire – Tandem et Ridicule, du toujours Patrice Lecomte – deux productions m’ont marqué, moins connues certes. La première, de l’Espagnol Fernando Trueba, L’Artiste et son Modèle – un sculpteur d’âge certain, réfugié en Zone libre pendant la Guerre redécouvre l’amour et la créativité grâce une jeune femme échappée d’un camp de réfugiés. La seconde, d’Antoine de Caunes : Désaccord parfait. Une escrime mouchetée rallume la flamme de deux vedettes qui ont divorcé. Charlotte Rampling joue de son humour  et avec un tel naturel qu’on se croirait au théâtre. Ce théâtre que Rochefort a abandonné, mais où il revient parfois, en fils prodigue, comme dans Boulevard du Crime. Il campe un Robert Macaire truculent, ressuscitant Frédérick Lemaitre, star au temps romantique de ce même Boulevard du Crime. Voir Les Enfants du Paradis !

Avec sa voix chaude et sa fantaisie lunaire, Jean Rochefort nous entraînait dans son ronde. Il nous manque déjà. C’est que nous l’avons aimé, ce moustachu récalcitrant !


Publié le 16/10/2017
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