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Entretien Le festival d'Avignon, ''chaque comédien en ressortira épuisé, mais grandi''
La jeune comédienne Marine André présente pour la deuxième année au festival Off d’Avignon son spectacle pour enfant La Fée Sidonie et les secrets de Noël. La Théâtrothèque.com a rencontré cette comédienne et auteure de talent qu'on peut retrouver tous les jours à 10h30 au théâtre Le Cabestan.

GROS PLAN
Affiche du spectacle
© X,dr
Pouvez-vous présenter en quelques mots le spectacle ?

"La Fée Sidonie et les secrets de Noël raconte le voyage d’une petite fée malicieuse partie, sur la demande du Père-Noël, à la recherche des véritables coutumes de Noël afin d’écrire un livre. Elle entraîne avec elle petits et grands "humains" et leur demande leur aide régulièrement. Tout au long de leur périple, ensemble, ils rencontrent de multiples personnages hauts en couleurs, chantent, dansent, et apprennent en s’amusant."

Pourquoi aviez-vous le désir de raconter toutes ces légendes de Noël ? Quel est le secret de Noël qui vous touche le plus ?

"J’avais envie de redonner, à mon petit niveau, un peu de sens à ce moment de l’année. Pour moi, Noël est un moment privilégié, parce que c’est un temps pour se réunir avec les gens qu’on aime. Or, souvent, on l’oublie. De nos jours, et sans doute même depuis des décennies, les fêtes de Noël sont devenues très commerciales et on en oublie souvent le sens premier. On offre un cadeau à nos proches, on décore un sapin, on mange de la bûche de Noël, et mille autres choses de façon automatique... On ne sait pas vraiment pourquoi. Dans le spectacle, je retrace de manière historique et géographique les origines des plus connues des coutumes de fin d’année, et de manière ludique mais pédagogique. Je les fais connaître à nos spectateurs. Le spectacle sert ainsi à se remémorer les vraies valeurs de Noël. Pour moi, le message le plus important, c’est le message qu’on donne à la fin de la rencontre de Sidonie et de la petite fille à l’orange, qui n’a reçu que ce fruit pour tout cadeau de Noël : "Tout peut être un cadeau, tant que c’est offert et reçu avec le cœur". Je pense qu’un petit geste vaut parfois bien plus qu’un cadeau matériel... sentimentalement parlant. Et il est essentiel de le rappeler aux enfants. Egalement, j’aime beaucoup le moment où Sidonie se réveille à Tahiti, et qu’elle se retrouve face à un danseur qui décore un palmier et non un sapin... parce que là-bas, il fait très chaud à Noël ! Pour la plupart des enfants, Noël n’est associé qu’à la neige, et cette scène les fait voyager dans leur imaginaire."

Vous êtes une petite compagnie, comment avez-vous fait pour participer à cette édition du festival d’Avignon ?

"En tant qu’auteure, mes spectacles sont en effet hébergés par une petite compagnie. Nous n’avons aucune subvention, nous créons nous-mêmes nos costumes, décors, nos supports communication et lancer un spectacle est toujours un coup de poker, un investissement à moyen terme. Alors, l’emmener au festival, encore plus : il faut louer le théâtre, louer la maison qui hébergera les comédiens et techniciens sur Avignon, régler les transports des décors, des équipes, prendre en charge leur nourriture sur place, payer l’inscription au journal du Off, les impressions d’affiches, de flyers, et à la fin du festival les salaires des artistes, techniciens et de la chargée de diffusion. Ayant commencé à monter mes spectacles il y a maintenant presque huit ans, la compagnie avait un peu d’argent cette année grâce à la trésorerie de la tournée de cet hiver, gagnée avec les dates vendues. Cela a pu couvrir la location du théâtre. Pour le reste, c’est comme d’habitude, il faut tout avancer. Tout ça rassemblé coûte très cher et il y a souvent des déficits... Mais investir est essentiel pour espérer faire vivre son spectacle, et son équipe, puis engendrer plus tard des bénéfices."

Qu’attendez-vous de Festival Off d’Avignon ? Est-ce votre première participation ?

"Faire le festival d’Avignon est une vitrine, hasardeuse certes, mais une vitrine tout de même vis-à-vis du public mais surtout des programmateurs, et c’est pour aller à leur rencontre que nous nous y déplaçons, malgré l’énorme logistique et investissement financier que cela demande. Tout le monde, équipe artistique ou technique, aide et met la main à la pâte sans compter ses heures pour que tout aille au mieux ! Sur place, nous travaillons de 9h à 18h, dont une bonne partie du temps en costume sous le soleil à parader dans les rues. Il faut un moral de fer et une santé au top ! J’ai déjà emmené mes différents spectacles sur le festival à six éditions différentes, étalées sur sept années. Pour La Fée Sidonie, c’est la deuxième année que nous sommes au festival. L’équipe de base avait accepté de se lancer dans le projet en étant bénévole sur toutes les répétitions et les parades, pour alléger les coûts. Ainsi, seules les représentations étaient rémunérées et les droits d’auteurs avaient tous été cédés pour la création. L’équipe nous a fait une confiance énorme, des encadrants aux personnes sur le plateau. Je suis toujours étonnée que tant de personnes de talents me suivent dans mes idées ! D’autant que lorsque j’ai dit à mes proches que j’emmenais un spectacle sur Noël au festival en plein été, on m’a surtout traité de folle ! Cet investissement humain et d’énergie avait évidemment pour but de viser une tournée. Au final, le pari fut plus que réussi puisque nous avons eu une tournée de 71 dates cet hiver suite à Avignon 2013, en parallèle d’une programmation parisienne et que les efforts de chacun, chorégraphe, metteur en scène, auteur, compositeur, artistes et techniciens ont donc été récompensés sur tous les plans. L’équipe entière est d’ailleurs à nouveau réunie cette année sur Avignon, tant l’entente et les résultats ont été bons l’an passé. Croisons les doigts pour que ça continue !"

Compte tenu de la conjoncture actuelle, avez-pu peur d’un éventuel mauvais déroulement de ce dernier ?

"Pour cette édition du festival, nous sommes évidemment tous un peu tendus parce que les médias ont pour beaucoup colporté l’information, fausse, que le festival était annulé ou très perturbé. En réalité, seule une très petite minorité des compagnies du festival font ponctuellement grève. Sur place, les parades se font, les représentations se jouent, les affiches envahissent les rues. La peur de la grève totale a pourtant fait fuir des spectateurs et même certains programmateurs. C’est dommage. Pour notre part, nous jouons, et avec le sourire. Nous ne sommes pas pour la réforme qui a été proposée par le gouvernement concernant les intermittents et les précaires, mais nous ne sommes pas non plus pour prendre le public en otage, ni nos employeurs directs. Dans l’équipe, nous préférons les manifestations et la communication à la grève. Après, grévistes ou non, nous défendons tous la même cause : le statut nous permettant de faire sereinement notre métier. Et c’est vrai qu’il faut en parler et se battre pour. Ceci étant dit, oui, il faut le dire et le redire : le festival d’Avignon, In comme Off, a bien lieu cette année, et ce, jusqu’au 27 juillet inclus ! Comme chaque année, cette édition aura son lot de rires, de pleurs, de joies, de déceptions, de succès immenses, de rencontres et de découvertes et chaque comédien en ressortira épuisé, mais grandi, et chaque spectateur en rapportera au moins une anecdote improbable et un souvenir magique. N’hésitez pas à venir nous y voir si vous passez vers le Cabestan, ou à nous dire bonjour si vous nous croisez en parade dans les rues ! Vous me reconnaîtrez facilement : j’ai les cheveux rouges, des ailes dans le dos, et je suis entourée par deux lutins … et même le Père-Noël ! Sur ce, bon festival !"


Publié le 15/07/2014
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