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Entretien Marie Fortuit : ''Nous sommes des chevilles ouvrières du théâtre dans un site d’artisa''
Notre interview de Marie Fortuit, comédienne et metteure en scène, de la compagnie Théâtre A à La Maille aux Lilas.

GROS PLAN
Affiche du spectacle
© Julien Cauvin
J'ai eu le plaisir de faire connaissance avec Marie Fortuit en 2013 dans un lieu atypique de la ville des Lilas, La Maille, alors qu'elle mettait en scène Nothing hurts, la pièce de Falk Richter. Rencontre d'une artiste jeune et douée, sensible et plurielle des difficultés sociales et humaines de sa génération, les 20-30 ans.

Marie Fortuit incarne la liberté et l'engagement, la création et l'ouverture d'esprit. Ses propos expriment la musicalité de sa passion pour le théâtre du renouveau conjuguée à la découverte d'auteurs vivants, à la mise en espace de leurs textes et à la relation privilégiée avec un public de proximité.

Marie, une artiste tout en un comme La Boîte à outils du lundi, le rendez-vous trimestriel à La Maille qui propose aux Lilasiens d'entrer dans une relation étroite avec un auteur vivant et son texte. La prochaine date est prévue lundi 19 mai 2014, cochez-la dans votre agenda.

Marie Fortuit, comédienne, dans la pièce de Fausto Paravidino, Deux Frères, mise en scène par Erika Vandelet, interprétée avec Florian Le Scouarnec et Raphael Poli. La pièce est programmée du jeudi 3 au samedi 12 avril 2014 à 20h30 à La Maille aux Lilas (infos et réservations : 01 75 34 88 79 / cie@theatrea.fr / www.theatrea.fr.).

Marie Fortuit, bonjour. La Maille, racontez-nous ce théâtre implanté au Lilas.

"La Maille, c’est un ancien entrepôt de charbon qui a longtemps été en activité. Il a aussi servi à stocker le matériel du café dans lequel nous nous trouvons et lequel s’appelait autrefois Le Bougnat. Ensuite, quand le charbon est tombé en désuétude, c’est devenu un garage. A l’époque, Armel Veilhan, auteur, comédien et metteur en scène, Jacques-Benoît Dardant, scénographe, Marine Pennaforte, Violaine Phavorin et moi-même (Marie Fortuit), nous recherchions un lieu et nous avions remarqué cet ancien entrepôt de charbon. En 2009, nous l'avons investi et nous avons fondé ce qui est aujourd’hui La Maille. C’est un lieu de fabrique, autrefois c’était du charbon, maintenant on continue d’y fabriquer autre chose. Nous avons remonté les manches de nos chemises et tous ensemble avons travaillé et sué pour le remettre en état. C’est un lieu aujourd’hui où le risque artistique est au centre de notre démarche, nous essayons de réinventer différemment le rapport entre les œuvres et le public. Dans note démarche, nous tentons de faire conjuguer autrement les mots promouvoir et diffuser en mettant en place une nouvelle relation avec le public des Lilas. La Maille est inscrite dans le territoire et dans l’histoire du lieu qui perdure dans ses murs et avec nous qui posons notre empreinte artistique. La Maille n’est pas un lieu de programmation classique, par contre, l’ouverture au public s’avère très importante. Par exemple, tous les trois mois, nous ouvrons le lieu pour ce que nous appelons "Les Boites à outils du lundi"."

Dites-nous en plus sur ces Boîtes à outils du lundi...

"Les Boites à outils du lundi, c’est un rendez-vous avec un auteur vivant avec lequel nous lisons un texte. Nous réunissons une équipe d’acteurs, un metteur en espace, nous travaillons trois jours et le lundi soir à 20h00, nous ouvrons les portes et le public répond présent car la salle est toujours pleine. C’est une rencontre particulière privilégiée entre l’auteur, l’équipe artistique et le public. Lequel a la possibilité d’échanger avec l’auteur à l’issue de la lecture."

Marie, présentez-vous et parlez-nous de votre parcours artistique.

"Je suis comédienne et parallèlement je suis dans une démarche de développer mon travail de jeune metteure en scène. En 2013 à La Maille, j’ai mis en scène un texte de Falk Richter, Nothing hurts. Je fais partie du pôle artistique de la compagnie Théâtre A associée à La Maille. Etre dans le pôle artistique avec Armel Veilhan, cela veut dire que je participe à la réflexion générale de la ligne artistique du choix des auteurs que nous accueillons. J’ai commencé le théâtre dans un atelier amateur à l’adolescence. J’ai découvert Antigone, La Mouette et les grands classiques. Après le bac, j’ai décidé de faire des études d’histoire car je voulais plonger dans l’histoire de mon pays. Un soir, je suis allée voir un spectacle aux Amandiers (Centre dramatique à Nanterre) et d’un seul coup le théâtre m’a rattrapée. A 18 ans, j’ai décidé d’écouter mon instinct qui me disait de suivre cette voie. J’ai commencé par travailler avec Armel Veilhan qui avait à l’époque un laboratoire de formation. Avec lui, j’ai rencontré un espace à investir et engagé où chacun pouvait se développer dans les techniques d’apprentissage et apprendre son métier. C’est essentiellement la force des auteurs qui m’a toujours habitée. La rencontre avec l’écriture de Falk Richter m’a transportée."

En 2012, vous mettiez en scène Nothing Hurts de Falk Richter. Comment est née l’idée de travailler ce texte ?

"Avant de venir à Falk Richter, il y a aussi eu la rencontre avec le personnage de Claire dans Les Bonnes de Jean Genet que nous avons joué cent cinquante fois au Lucernaire. Genet n’est pas étranger à Richter dans l’affirmation d’une parole singulière. C’est en Avignon en 2010 que j’ai découvert l’écriture de Richter et ça a été comme de l’eau glacée reçue dans la chaleur de la ville. J’ai senti qu’il disait quelque chose d’essentiel à la fois dans la forme et dans le fond sur les cauchemars, les fantômes de ma génération, sur ce qu’il raconte par rapport à l’histoire allemande. Ça réunissait obscurément beaucoup de fils de la pelote que je m’étais tissée depuis l’adolescence. C’est avant-tout la rencontre avec une écriture pour laquelle je n’ai pas tout de suite fusionné. L’émotion a été très froide et c'est ce qui m’a permis de m’emparer de ce texte et de cette alternance de chaud-froid qui est symbolique de ma génération. L’histoire de cette femme dans Nothing hurts est fragmentée, elle doit être racontée sur scène et c’est ce que j’ai fait. C’est un texte qui pose de nombreuses questions et mon travail a été d’éclairer cette opacité qui nous menace dans le quotidien de nos vies occidentales. C’est un texte discontinu et j’ai essayé de travailler à une continuité par la lumière, par le son, par la vidéo. Je me suis entourée de gens auxquels je croyais aussi dans leur travail technique et scénographique."

Comment avez-vous abordé l’écriture de Falk Richter pour la restituer avec justesse et équilibre sur scène ?

"J’ai vraiment travaillé sur le rythme de l’écriture. Je crois que c’est une écriture très musicale qui est juste dans la pulsation du corps. Pour ne pas s’enliser, ni s’assombrir, l’acteur est un passeur et son rôle, c’est de transmettre ce texte dans la vitalité. J’ai travaillé ce texte comme une partition musicale."

Le théâtre contemporain occupe le devant de la scène à La Maille. Quel regard porte le public à propos de votre travail ?

"A La Maille, nous sommes spécialisés dans les nouvelles écritures scéniques. Les rendez-vous des Boites à outils du lundi témoignent de cet engouement du public à venir toujours aussi nombreux. Le public lilasien est content de participer à ces moments uniques qui leur permet de rencontrer des auteurs."

Marie, prochainement, vous serez sur scène à La Maille dans la pièce Deux Frères. L’auteur, Fausto Paravidino, est un dramaturge italien de la génération de Falk Richter. Que vous inspire ces nouvelles écritures ?

"Paravidino est de la génération de Richter, ça m’inspire beaucoup d’espoir car ce sont des écritures fortes. Deux Frères, c’est l’histoire de deux frères qui sont amoureux de la même jeune femme et ils vivent en colocation tous les trois. La colocation, c’est un mode de vie contemporain. C’est une écriture faussement anodine dans le sens où les dialogues paraissent comme des dialogues de cinéma. Ce sont des grands textes et nous les avons travaillés comme les écrits des plus grands tragédiens grecs. Richter et Paravidino sont des auteurs qui n’oublient pas l’histoire. Bien sur que la forme est nouvelle, que l’écriture est en elle-même nouvelle. Il y a une source, la source des grands auteurs de notre monde. L’écriture de Paradivino est simultanément volcanique et silencieuse, Deux Frères, c’est le bouillonnement de la jeunesse. Les trois personnages sont dans une quête particulière, surtout les deux frères qui ne parviennent pas à s’individualiser. Erika, le personnage que j’interprète, est libre et essaye de bousculer l’ordre établi. Il y a beaucoup de choses qui se construisent dans les silences. C’est une écriture qui est trouée aussi comme celle de Falk Richter, de Christophe Pellet, auteur français majeur et très peu joué à mon goût, et d’Anja Hilling, une auteure allemande que j’aime beaucoup. Ces écriture se renvoient la balle, elles sont belles et intenses."

Marie, comédienne et metteure en scène. Quels projets et ambitions nourrissez-vous pour demain ?

"Continuer à faire mon métier, à découvrir des auteurs, à porter sur la scène ces paroles en tant que comédienne, développer le fil de la mise en scène pour moi, c’est très important. Etre acteur ou être metteur en scène, c’est imposer sa différence. C’est une notion que je garde à l’esprit car c’est notre rôle dans la société de pourvoir permettre à l’autre d’imposer aussi sa propre différence. Cette question se rencontre en permanence : "Comment je fais avec l’autre qui est différent de moi ?”. Cette question de l’altérité est vraiment au cœur de nos métiers dans des temps spécialement dangereux que je trouve sur l’intolérance."

Marie Fortuit, merci d'avoir pris de votre temps pour répondre aux questions. Longue route. Rendez-vous à La Maille du 3 au 12 avril 2014 pour voir Marie Fortuit, Florian Le Scouarnec et Raphael Poli interprétés Deux Frères, mise en scène par Erika Vandelet.

Publié le 07/04/2014

  En complément
 SPECTACLE Nothing Hurts
 SPECTACLE Deux Frères

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La Maille - Cie Théâtre A. 43, rue du coq français - 93260 Les Lilas (Métro Mairie des Lilas). infos et réservations : 01 75 34 88 79. cie@theatrea.fr [site]
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