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Entretien Sedef Ecer, une artiste libre comme sa plume
Sedef Ecer, femme de lettres et artiste de scène, s’exprime avec aisance dans la langue de Molière. Sedef porte le verbe en bouche avec raffinement et le livre avec l’accent teinté des couleurs de son pays d’origine la Turquie. Déterminée et féminine, Sedef Ecer est une artiste libre comme sa plume qui calligraphie noir sur blanc les strates sociales fissurées par la misère des hommes et pansées avec leur éternelle joie de vivre.

Rencontre avec une artiste qui parle de sa vie, de ses univers, de ses rencontres... Une femme profondément humaine.



GROS PLAN
Affiche du spectacle
© Editions Amandier
Sedef Ecer, bonjour. Vous êtes native d’Istanbul. Parlez-nous en quelques mots de votre enfance et de votre famille.

"Bonjour Philippe. J’ai eu la chance de voir le jour dans une famille où le cinéma occupait une très grande place. Mes parents travaillaient beaucoup avec des gens de cinéma et à la maison, il y avait toujours de grandes tablées d’artistes et de techniciens. Je partageais tous ces moment car j’étais fière d’être là présente à leur côté car je leur ressemblais un peu. La première fois que je suis montée sur les planches, j’avais trois ans. A l’âge de neuf ou dix ans, j’avais déjà joué dans une dizaine de longs métrages. A cette époque, le cinéma turc était très beau car il était dans l’esprit de Bollywood. J’ai vécu une enfance heureuse et épanouie."

La France, un exil ou une volonté d’affirmation artistique ?

"L’idée de venir en France m’intéressait pour découvrir des univers artistiques qui peinent à s’ouvrir en Turquie. Il ne s’agissait donc ni d’un exil économique, ni d’un exil politique. En France, un artiste peut s’épanouir même s’il est difficile de s’affirmer en tant que tel. J’ai pu rencontré des personnes qui m’ont beaucoup apportée et je ne les oublierai jamais."

Vous êtes une plume multi supports : journaliste, romancière, dramaturge, scénariste. Sur quelle feuille blanche, les mots se suivent et vous inspirent le plus ?

"Le théâtre, sans hésiter. Le théâtre permet une liberté d’écriture qui n’existe pas à la télé et au cinéma. Quand j’écris une pièce, je m’imagine la scène comme je voudrai qu’elle soit. Ecrire une pièce demande beaucoup d’énergie, mais c’est tellement passionnant car je suis guidée par ma propre inspiration. Journaliste, il y a un certain temps que je ne le suis plus vraiment. Romancière, c’est ennuyeux d’écrire seule car ce que j’apprécie avant tout, c’est l’écriture qui draine un collectif. Scénariste, c’est difficile car on est toujours tributaire de la production, du réalisateur et d’autres influences extérieures. Par contre, la traduction me passionne, j’aide un ami à traduire son travail et je l’ai fait quelques fois pour les textes de Charlotte Delbo."

Votre première pièce en français, Sur le Seuil, a remporté premier prix des Rencontres méditerranéennes. Cette récompense, est-ce le seuil d’un tremplin artistique ?

"Sur le Seuil a été une incroyable aventure. Primée au Centre national du théâtre et aux Rencontre méditerranéennes, la pièce a été jouée en région parisienne, en province et au Festival international d’Istanbul. Je ne sais pas si ce texte a été le seuil d’un tremplin artistique, mais je peux dire que j’ai été très touchée par les retours positifs."

A la périphérie, pièce écrite en 2011, se joue sur la scène du théâtre Jean-Vilar à Suresnes jusqu’au 27 mars 2014. Situez-nous l’histoire de ce texte.

"A la périphérie, l’histoire raconte les bidonvilles en Turquie habités par des gens qui vivent dans une extrême misère. Le texte se rapporte aussi à l’émergence des villages bidonvilles construits par les roms autour de Paris. La similitude entre mes deux pays est troublante à ce sujet."

Tamar et Azad, enfants de la colline des anges et des djinns dans la pièce. Sont-ils le fruit de votre imagination ou extraits d’une rencontre faite dans un bidonville ?

"Tamar et Azad sont des enfants nés de mon imagination et que j’ai un jour rencontré dans un bidonville d’Istanbul. Votre question est intéressante car sa formulation lie l’imagination à la réalité. Bien sur, Azad et Tamar représentent tous les enfants des bidonvilles de Paris et d’Istanbul."

Dans la pièce, A la périphérie, vous jouez une animatrice de télé réalité. Sedef, la télé réalité, un espoir, un rêve ou un danger ?

"Comme vous avez pu le remarquer, je suis très kitch dans la pièce. En Méditerranée, le rêve doit être clinquant, sinon l’espoir ne nait pas. Je ne regarde pas les émissions de télé réalité, mais je pense qu’elles peuvent source de danger pour ceux qui s’imaginent que demain sera meilleur et plus beau qu’aujourd’hui si la chance vient frapper à la porte."

La distribution d’acteurs de A la périphérie est éblouissante. Si vous deviez décrire en deux mots Lou de Laâge et Zsazsanna Varkonyi, que diriez-vous d’elles ?

"Lou de Laâge est une jeune et magnifique actrice promise à une grande carrière. Rendez-vous compte, lors des répétitions, Lou venait tout juste d’être nommée pour le César du meilleur espoir féminin 2014. Tous les soirs de représentation, elle joue son rôle avec toujours le même entrain et la bonne humeur. Alors qu’en journée, elle participe à plusieurs tournages de longs métrages. Lou, c’est vraiment une jeune femme magnifique dotée d’un talent impressionnant pour son âge. Zsazsana Varkonyi, c’est une artiste hongroise qui possède un talent inouï pour la chanson. Sa voix emporte et envoute le public qui se laisse agréablement surprendre. Zsuzsanna a eu une vie incroyable et c’est pour cette raison que je l’apprécie beaucoup. Elle était la pièce qui manquait au puzzle et dans le spectacle, elle a toute sa place car elle apporte beaucoup avec les mélodies qu’elle interprète."

Thomas Bellorini est le metteur en scène de A la périphérie. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

"Thomas, c’est un musicien incroyable et il a su apporter beaucoup de joie et de tendresse à mon texte. Nous nous connaissons depuis quelques années et nous avions toujours eu envie de partager quelque chose ensemble. Cette fois, Olivier Meyer nous a permis de réaliser ce souhait et il nous a proposés le théâtre Jean Vilar qu’il dirige à Suresnes. Ce théâtre convient parfaitement à notre pièce car nous y avons trouvé une équipe dynamique et accueillante. C’est un plaisir depuis le début d’y jouer A la périphérie. Thomas, c’est un garçon que j’apprécie beaucoup dans sa façon de voir les choses dans le travail et d’ailleurs, les comédiens ne sont pas insensibles à ces attentions artistiques. Nous avons un autre projet en commun, une adaptation au théâtre jeunesse de Sans Famille d’Hector Malot. Rémi sera remplacé par un petit garçon syrien dans l’histoire."

Sedef, le mot de la fin. Etes-vous au seuil ou à la périphérie de carrière ?

(Rires) "J’aime beaucoup cette question. Je pense avoir atteint le seuil depuis un certain temps et maintenant, je franchis les limites de la périphérie avec un nouveau regard à chaque fois porté sur les hommes et sur le monde avec ses détresses."

Merci Sedef de votre participation et longue route à vous et A la périphérie.
"Merci beaucoup Philippe."


Publié le 22/03/2014

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