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A lire Notre sélection de livres pour la fin d'année

À LA UNE
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Il n’est pas de fêtes de fin d’année sans livres au pied du sapin ou offerts en guise d’étrennes. La sélection ressemble à un parcours labyrinthique parmi les étals des libraires. Il y a de quoi perdre son marque-page dans une meule de romans, albums, bandes dessinées, essais, nouvelles, pièces de théâtre, autobiographies, etc., etc.. Qui dit profusion, ne dit pas toujours qualité. Voici une sélection éclectique personnelle extraite de maisons d’éditions indépendantes pour la plupart; lesquelles méritent d’être citées dans le panthéon de la littérature.

L’Arracheuse de temps, de Fred Pellerin (livre-cd), Sarrazine éditions ([en savoir plus])

L’Arracheuse de temps est la quatrième suite d’une série de neuf titres à paraitre sur les contes du village de Fred Pellerin, le conteur de Saint-Elie-de-Caxton (Canada). Dans les mémoires de Saint-Elie-de-Caxton, il y eut cette étrangère venue s’établir au lac aux Sangsues. Une femme silencieuse que les rumeurs élevèrent au rang de sorcière. Une arracheuse de temps qui lisait les avenirs. Et les présents, surtout. Il aura fallu déterrer les mots parce que chez nous, comme dans tous les villages, il existe des milliers d’histoires tenues au silence. Des secrets qui n’attendent que le grand jour pour germer en jasures. Fred Pellerin est un conteur québécois à la parlure facile quand il jase des héros de son village. Comprenure française assurée dans les spectacles programmés en France. En juin 2013, il sera sur la scène du Théâtre de l’Atelier à Paris pour vingt représentations exceptionnelles de son dernier spectacle De Peigne et de Misère ([en savoir plus]).

Temps de Wajdi Mouawad chez Actes Sud Papiers ([en savoir plus])

On ne tue pas son père incestueux avec des mots et des ressentiments, des aveux cruels et des souvenirs abjects. A Fermont, ville minière perdue dans le grand nord québécois, il faut encore trouver une balle perdue, fabriquer un fusil qui n’existera pas, et sacrifier le corps de cet homme aux hordes de rats qui envahissent régulièrement les rues. Car les péchés de Napier de la Forge sont devenus le cœur d’un Mal qui ronge à l’os cette famille, si affligée que même la violence des vents mortels ne peut les en libérer. Cette terre de Caïn n’épargne personne. La dernière création de Wajdi Mouawad a été jouée au Théâtre de Chaillot en 2012. Wajdi Mouawad est un auteur de théâtre qui révolutionne la scène contemporaine. Un style à claire-voie qui exprime la souffrance et la beauté de vivre. En 2009, il a reçu le Prix de l’Académie française.

Des Hippocampes dans l’hémicycle, de Malvina Majoux et illustré par Sergej Kljajic, chez Antidata ([en savoir plus])

Des dialogues à l’Assemblée Au parlement de Malvina Majoux, les députés ont maille à partir avec des petits plats, des cartomanciennes, des jeux de l’oie, des volcans ou des syndicats de bigorneaux. Quinze textes insolites, loin de la critique convenue qui aime prendre à défaut ses élus. Un regard frais et loufoque sur des parlementaires qui lorsque l’hémicycle s’éteint, auraient enfin le droit de rire et de s’amuser du monde comme il va. Coup de cœur pour Antidata, petite maison d’édition indépendante, mais ô combien surprenante par la qualité des parutions proposées. Preuve en est avec Des Hippocampes dans l’hémicycle de Malvina Majoux, un livre qui se glisse dans une poche, un sac à main. Un ouvrage indispensable à mettre entre les mains des gens qui suivent avec intérêt la carrière de leur député ou sénateur et regardent sur les chaines parlementaires, les débats menés de front de droite à gauche et de gauche à droite. Quinze textes écrits avec subtilité qui dépoussièrent la perception emphatique du législateur derrière la lorgnette. Des hommes et des femmes qui ressemblent au commun des mortels, une fois la porte de l’Assemblée fermée à double tour. Des propos échangés sur le mode dentelle abrasive qui encouragent à s’engager dans la députation. Et pourtant... Malvina Majoux amuse l’œil à la lecture de ces petits textes anecdotiques et croquants à souhait. Des Hippocampes dans l’hémicycle, quinze textes et une galerie de portraits à mettre en scène... Côté Seine, mais en coulisse de l’Assemblée. Quand le marchand de sable est passé, Malvina Majoux est auteure de théâtre et de scénario. En journée, elle fréquente assise et dument les rives et dérives parlementaires.

Dans la grâce des ténèbres de Claire Carlut chez L’Harmattan, collection Théâtres ([en savoir plus])

Entre drame et vaudeville, nous voilà plongés au cœur des coulisses de la vie littéraire de 1845, en compagnie de de trois jeunes hommes – peu connus encore : Charles Baudelaire, son meilleur ami et poète Louis Ménard, ainsi que Gustave Flaubert, jeune étourdi naïf, fraichement arrivé sur les terres parisiennes. Ils côtoient durant quelques jours leur ainé, le grand Honoré de Balzac, cherchant à fuir ses créanciers et à produire en toute tranquillité... Mais c’est sans compter la présence d’une seule femme Jeanne, qui suffira à semer la zizanie au sein de cette communauté masculine et misogyne. Qui peut se vanter d’avoir réuni en une seule et même pièce de théâtre Charles Baudelaire, Honoré de Balzac et Gustave Flaubert. Pièce en trois actes jouée à six personnages, l’action se déroule à Paris à l’hôtel Pimodan en 1845. Claire Carlut rend hommage à trois ténors de la littérature française du XIXe siècle. La rencontre d’univers littéraires aux antipodes de leur mode d’expression confronte des destins et des personnalités marquées comme leurs histoires romancées. Elle épure les répliques des longueurs lasses à la Duras, le détail se pose dans la fluidité et l’élégance des propos échangés sur le mode Yourcenar. Le verbe se conjugue à la mesure du temps car le présent efface les travers sentimentaux vécus par Baudelaire. La présence d’Honoré de Balzac fuyant ses créanciers apporte une valeur ajoutée à ce texte car la fatuité du personnage s’oppose au jeune Flaubert découvrant Paris, étourdi et insoucieux. Baudelaire se manifeste en homme libre et ferme sur ses convictions. Une écriture stylisée qui souligne un profond attachement à la défense de la littérature française. Lecture faite de Dans la grâce des ténèbres, cette pièce mérite d’être inscrite au panthéon des belles œuvres théâtrales et les éditions L’Harmattan ne se sont pas trompées en faisant confiance à cette auteure à la plume convaincante, fraiche et élégante. L’auteure n’en est pas à son premier coup d’essai. En 2011, Claire Carlut a publié Délits et Poésie et A l’école des indomptables chez un éditeur indépendant.

Après l’oubli, le souvenir d’Oscar Castro, aux éditions de l’Amandier ([en savoir plus])

Ce diable d’Oscar Castro étonnera toujours son monde. Imprévisible, déroutant, apparaissant là où on l’attend guère, le voici porteur d’un roman hors norme, une création hybride, un croisement fécond de fantastique et de réel, une histoire peuplée de rêves étranges et de cauchemars. Ainsi par la vertu de l’imaginaire, les montagnes du Chili – qui l’ont vu naitre et où dort d’un sommeil éternel ce grand-père adoré, dont la mémoire hante ses nuits –, rejoignent le métro parisien, transformé pour la circonstance en scène de théâtre animé par des personnages grotesques, tandis que tout à côté, à l’Assemblée Nationale... Les éditons de l’Amandier en publiant le dernier roman d’Oscar Castro – Après l’oubli, le souvenir – enrichissent leur catalogue d’un nouveau titre du même auteur après A la vie toujours publié en 2008. Catalogue où se croisent déjà des auteurs renommés tels Josep Benet i Jornet, Claude Ber, Louise Doutreligne, Joël Dragutin et la liste n’est pas exhaustive. Ce roman est à considérer comme un appel à la vie, un hymne soufflé à une galerie de personnalités extraites de leur domaine, Adel Hakim, Gilles Clément, Noël Mamère, Anne Vaudoyer, Serge Orru et tant d’autres à citer. En chacune des mises en situation rencontrée, l’auteur s’est infusé d’amitiés durables, jamais éphémères, et les a reproduites à l’encre invisible dans un petit recueil de chroniques personnelles, les souvenirs. Album sans photos, les mots suffisent à traduire la couleur des émotions partagées de Santiago à Paris avec toujours en point d’orgue, l’image du grand-père. Qui a serré la main à Castro une fois dans sa vie, qui a échangé le propos sur le ton de la sincérité, restera graver dans sa mémoire. Un visage, un nom, un lieu, Oscar Castro est de ces hommes dont l’existence se décline en répliques. Les didascalies sont en marges du temps car elles font partie intégrante des tensions et des p’tits bonheurs qui s’accrochent à la vie. Ainsi, pourrions-nous écrire en deux mots et trois de suspension le partage des impressions après la lecture de Après l’oubli, le souvenir. Mais ce roman ne se résume pas aux simples appréciations du chroniqueur, il se lit et se vit car chaque page tournée vibre sur la suivante. Après l’oubli, le souvenir d’Oscar Castro, un roman magistral d’un grand Monsieur de la scène théâtrale française.

Dernière Station d’Ollivier Curel aux éditions de l’Amandier ([en savoir plus])

La vie est, par moments, triste à pleurer. C’était son premier roman publié. Quelques semaines après lui avoir confirmé notre décision d’éditer son roman, Ollivier Curel a franchi la dernière station. Il venait d’avoir 53 ans. Le grand saut n’est pas encore pour demain... les vieux, dont on aperçoit les frêles silhouettes derrière les volets entr’ouverts, sont toujours bien coriaces et leur quotidien est loin d’être débarrassé des scories du passé. Coup de cœur pour cet ultime roman d’Ollivier Curel. Un style ouvert sur l’existence et les détails qui en composent la profondeur et la richesse. Des rencontres aussi informelles que probables, des destins comme on en croise tous les matins à la boulangerie et chez le marchand de journaux. Quel dommage qu’Ollivier Curel n’ait pas eu le temps d’écrire une suite à Dernière Station. Le lecteur reste à quai et respecte en silence, l’incorrigible cruauté imposée par l’existence.


Publié le 29/12/2012
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