Le Off se remet en questions
Depuis plusieurs années, le festival Off d'Avignon a entrepris de larges travaux de réorganisation et s'est, en particulier, rassemblé, sous l'impulsion d'André Benedetto, au sein d'une structure constituée de tous les acteurs du festival OFF : Avignon Festival & Compagnies. Dans le cadre de ces travaux de refondation, AF&C organise lundi 3 décembre prochain les états généraux du Off.
Il en a connu des hauts et des bas. Le Off se remet aujourd'hui en questions. Comme l'association qui le gère depuis 2006 Avignon Festival et Compagnies (ou AF&C pour les intimes) dirigée par Alain Benedetto, l’un des pères fondateurs du Off l’avait promis, les tant attendus "Etats généraux du Off" vont être organisés lundi 3 décembre à Avignon. Le temps d’une journée, c’est un vaste chantier de "refondation" qui va être soumis à la réflexion des acteurs du plus grand festival de théâtre au monde. Les comédiens, bien sûr, doivent y participer, mais également les directeurs de théâtre, les gestionnaires de compagnie, les diffuseurs, les journalistes... Tous vont se mettre autour de la table pour évoquer le Off, ses réalités et ses perspectives, le développement et le renouvellement de ses publics, et la diffusion des spectacles.
Une nécessaire remise en questions, sans doute, lorsqu’on retrace le cheminement parfois cahotique surtout ces dernières années que le festival avignonnais a connu. Que de temps passé, en effet, depuis son émergence en 1966, lorsqu’un certain André Benedetto, joue sans y être invité, pendant le festival de Jean Vilar, dans son théâtre situé place des Carmes. Il faudra attendre 1982 pour qu’une première structure gestionnaire, Avignon Public Off (APO), fondée par Alain Léonard, se mette en place, pour accompagner les compagnies, mais aussi fidéliser et élargir le public du Off. Jusqu’à la crise des intermittents du spectacle, en 2003, qui va ébranler les fondements de l’association historique... et lui porter carrément un coup fatal, après la création, l’année suivante, d’une association dissidente issue d’un collectif informel et amical de soixante-dix directeurs de salles de spectacles, l’Alfa (Association des lieux de festival en Avignon) à l’initiative de Bernard Lecorff et présidée par Greg Germain. En 2005, la tentative d’accord entre les deux associations échoue lamentablement et APO implose littéralement. A l’appel de cinq directeurs de scènes avignonnaises (Alain Timar, Serge Barbuscia, André Benedetto, Gérard Vantaggioli et Gérard Gélas), une "maison commune" est alors créée pour permettre de gérer le Off "de manière collégiale entre les compagnies, les lieux et les différents partenaires" : c’est la naissance d’AF&C. Quarante ans après ses premiers balbutiements...
Alors, que peut-on attendre de tels états généraux ? Depuis la fin des années 1960, la société a évolué. Et le monde du spectacle a changé du tout au tout. En l’espace de quelques décennies, la Culture n’a pas échappé aux sirènes du merchandising : qu’on le veuille ou non, elle est devenue aujourd’hui un objet de consommation soumis à la dure loi du marché. Oui, mais un objet de consommation pas comme les autres. Si on peut légitimement se passer de telle marque de lessive dont on juge qu’elle ne lave pas suffisamment, la création artistique, elle, se doit d’être préservée dans toute son incroyable pluralité. Toutes les couleurs de la culture se doivent d’être représentées et de cxister en parfaite harmonie. Une priorité absolue pour ne pas vivre, un jour, dans un monde plus blanc que blanc. |