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Tout en miroitements et en impressionnisme, un spectacle à fleur d’âme. Bérengère Dautun -- trente ans de Comédie-Française et chef de troupe -- nous conte l’histoire d’une des premières "femmes libres" au travers de 15 personnages.

INFOS PRATIQUES
Affiche du spectacle
© X,dr
Du 17/12/2017
au 28/01/2018

21h, dimanche 17h.
Studio Hébertot
78 bis bd des Batignolles
75017 PARIS
Métro Villiers (2/3)
Réservations :
01 42 93 13 04
Site Internet
Un plateau vide et seulement quelques objets éparpillés, dont un mannequin de couturière et un uniforme constellé de décorations. Fermant la scène, un rideau immaculé qui servira d’écran ou de transparent au cours de l’action. Celle-ci commence par l’apparition d’une femme en robe noire boutonnée jusqu’au col. Son beau regard d’aigle induit noblesse et dignité. Des cloches carillonnent. Elles sont si présentes qu’on croit les voir sur l’écran. La voix de cette femme creuse l’événement, nostalgique et un peu irréelle : 12 février 1861.

Lou von Salomé est née le jour de l’abolition du servage. Les cloches de la liberté sonnaient dans Saint-Pétersbourg, propageant dans la ville une immense vague de joie… Salomé, Shalom. » Shalom, donc la Paix. Le général, son père, porte ce nom, qui à lui seul est un défi dans la Russie des pogroms. Son cœur de vieux soldat, avide de gloire, déborde aujourd’hui de tendresse. Dans quelques mois, cette fille, venue après cinq garçons, lui susurrera à l’oreille un Papetchka, qui le transportera. De toute sa vie, il restera le modèle de cette femme, le mât de son esquif, battu par les tempêtes. Et Dieu sait si elle en connaîtra !

Une autre comédienne surgit de l’ombre - même rigueur, même tenue. Sa voix tremble un peu, car elle a la maladresse de la jeunesse, mais est diablement touchante. On comprend très vite que les deux comédiennes sont le même personnage à deux moments de sa vie. Il y a Lou 2, celle qui vient d’apparaître et qui déchiffre la vie. Et Lou 1, qui contemple son double avec le recul de la femme affranchie. C’est parfois avec tendresse qu’elle couve cette partie d’elle-même. Mais en aînée et en psychanalyste, elle ne lui passe rien, et de sa vie, et de ses amours.

Tous ceux qui l’ont croisée renaissent à travers elle – 15 personnages, très souvent funestes mais perçus dans le flou de la mémoire. Pour les évoquer, un simple accessoire suffit d’ailleurs : haut-de-forme à huit reflets ou collet d’un pasteur. Ce pasteur Gillot qu’elle enflammera, alors qu’il la prépare à la confirmation. N’est pas femme fatale qui veut, c’est dans le sang et les hommes ne s’y trompent pas. Ils savent frapper à la bonne porte…

Lou, prend conscience de sa nature, mais restera blanche comme un lys, ce qui ne l’empêchera pas de fréquenter les hommes. Enfin pas tous. Seulement ceux que l’intelligence irradie. C’est ainsi qu’elle côtoiera Friedrich Nietzsche, encore ému de l’adoration qu’il a vouée à Richard Wagner mais aujourd’hui fâché. Un tête-à-tête improvisé au cours d’une promenade, permettra à Lou de connaître la première la théorie de L’Eternel Retour. Un autre penseur lui fait les yeux doux : Paul Rée. Elle envisage avec les deux hommes un ménage à trois et, défi des défis, les entraîne chez un photographe. Attelés comme des bœufs se rendant aux labours, Nietzsche et Rée tirent une charrette, dominée par une Lou von Salomé, le fouet à la main.

Le trio fonctionnera jusqu’à l’épuisement dans le scandale, ce que l’opinion ignore c’est que la chasteté sera de mise et les débordements ne seront qu’intellectuels. Le "ménage" avec, peu de temps après, la mort mystérieuse de Paul Rée. Friedrich Nietzsche sombrera quant à lui dans la dépression. Quand il en sortira, il sera d’attaque pour se lancer dans Ainsi parlait Zarathoustra.

Nouveau prétendant : Friedrich Carl Andréas, fils d’une Allemande et d’un prince arménien. Son regard d’obsidienne a de quoi séduire. L’homme, de plus, est un puits de science, spécialiste de la culture persane. Il la courtise, mais Lou fait taire ses sentiments. Au cours d’un repas, il se poignarde. L’objet de ses désirs consent enfin au mariage, mais à condition qu’il reste blanc.

Leur complicité permettra les aveux de Lou qui a rencontré l’homme de sa vie , jeune tchèque, de seize ans son cadet : Rainer Maria Rilke – il se prénomme alors René Maria. Plus de lys blanc ! La vierge se donnera cette fois, corps et âme... Elle a connu Berlin avec Andréas. Avec Rilke, elle découvrira la Vienne de la Sécession – celle du peintre Klimt et des auteurs comme Schnitzler ou Stefan Zweig – l’Europe Centrale, enfin l’Italie. Mais, au-dessus du couple, la folie de l’amour rôde : "J’espère vous voir demain au Théâtre du Gärtnerplatz, lui écrit-il. Je guette déjà votre apparition qui fera naître le soleil par la lumière de vos yeux".

Et, un peu plus loin : "Oui, Lou, je me dissous en toi, je n’ai plus d’identité séparée. Je ne veux plus avoir aucun rêve qui ne te connaisse, ni aucun désir que tu ne puisses accorder, je ne veux rien faire qui ne te loue. Je veux être toi !".

Après un voyage en Russie – pourtant combien préparé et attendu – la bulle éclate, toujours par la volonté de Lou qui revendique, haut et fort, sa liberté. Elle passera cette fois d’amant en amant, de « festin d’amour » en « festin d’amour ». Le dernier homme qui marquera sa vie, à la veille de la Grande Guerre, c’est Sigmund Freud. Comme une courtisane épuisée par et qui se retire dans un couvent, Lou Andréas-Salomé entre en psychanalyse. Sa place désormais sera à côté de Marie Bonaparte et dans droite ligne des disciples du Maître.

Bérengère Dautun, par sa présence et son style, nous tire dans le jeu de la Femme en devenir. « On ne naît pas femme, on le devient » ne cesse de nous seriner Simone de Beauvoir. Donnant la réplique à Sylvia Roux (Lou 2), bouleversante de candeur dans un premier temps, puis rassérénée, faisant preuve d’une force incroyable, Bérengère refuse de nous assommer. Elle suggère. Son voyage poétique, dans une Europe qui a disparu, est un plaidoyer qui nous va droit au cœur. Anne Bouvier l’a savamment mis en scène, assistée de Pierre Hélie et secondée pour les costumes par Mines Verges, pour les lumières par Denis Koransky, pour la scénographie par Marine Brosse. Quant aux touches musicales, c’est à Vincent Figureau que nous les devons et, pour les images, à Léonard.

Belles images qui ont la fragilité du sépia, mais la puissance de la mémoire. Elles se résument à ce canard sauvage, échappé d’un conte et qui préfère, à la fiction, la Vie. Gisnia, comme disait Lou.
Mis à jour le 17/12/2017
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