• Trio endiablĂ© Ă  la manière d'un vaudeville, 
  • Une chanteuse provocante, trois musiciens dĂ©jantĂ©s, des textes drĂ´les et percutants, voilĂ  la recette de ce spectacle vivifiant et fantaisiste ! Ils puis en tournĂ©e en France.
  • Ne manquez pas ce spectacle Ă©bouriffant et drĂ´le qui tourne en rĂ©gion parisienne et en province !
  • ''<i>L’homme le plus aimĂ© des Français</i>'' revient parmi nous. Il nous raconte sa vie, affirmant que rien n’est dĂ©sespĂ©rĂ©.
  • Théâtre de papier, d’objets et de marionnettes, de la Cie Les Ateliers du capricorne pour les enfants (Ă  partir de 7 ans), d'après les dessins de SempĂ©.


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Création d’un des auteurs les plus talentueux (Prix Italia 1993). Interprétation hors-pair digne de l’Actor Studio. On y croit et on s’y projette.

INFOS PRATIQUES
Affiche du spectacle
© X,dr
Du 04/12/2017
au 10/01/2018

19h.
Nord-Ouest
13, rue du Faubourg Montmartre
75009 PARIS
MĂ©tro Grands Boulevards
Réservations :
01 47 70 32 75
Un canapé-lit ouvert. Tandis que sa compagne dort, ou fait semblant dormir, un homme émerge des draps. Dressé sur son séant, il regarde devant lui, les yeux fixes. Se tournant vers la nymphette, il lui pose deux ou trois questions basiques, du style "Quel âge as-tu ? Ca fait longtemps que…" La fille répond de manière évasive, avant de décider de se lever. D’où la réaction fulgurante de l’homme : "Pas question, j’ai payé pour la nuit". Le spectateur a compris : la chambre minable est celle d’un hôtel borgne et c’est le face à face d’une prostituée avec son client. Le dialogue qui s’engage a tout d’un interrogatoire de police, émaillé de réponses imprécises, mais Lisa mime la somnolence. Ce qui encourage le client à parler, parler, parler pour se lancer dans une véritable logorrhée.

Le dĂ©lire de l’un, face Ă  la passivitĂ© de l’autre, n’est pas sans rappeler le Bel IndiffĂ©rent de Cocteau, seulement inversĂ©. Le langage devient violent, trivial – mais jamais vulgaire. Cruel surtout. Le plaisir du client est maintenant dans la domination. Une domination verbale qui peut très bien dĂ©gĂ©nĂ©rer. Tout cela n’est que le quotidien d’une pute, prĂŞte Ă  encaisser. Aux deux sens du terme. Mais notre client se meut soudain en moraliste. Son punching ball devient pitoyable et il brosse Ă  cette pauvre fille le tableau le plus sombre de la prostitution : souteneur, maladies, mauvaises habitudes, drogue, alcool, et, pour conclusion, la dĂ©chĂ©ance. Le discours, sous forme de variations musicales, est une dĂ©gringolade, de palier en palier. Mais, Ă  l’évocation du futur, Lisa sort de son apathie. Elle Ă©voque la reconversion et, soulevant le voile de son passĂ© - Ă©ducation, famille – aspire Ă  une existence de petite bourgeoise. Cet attendrissement fait l’objet d’une douche froide pour la client qui, après avoir jouĂ© au bon papa, s’échappe, la queue entre les jambes. « Ces deux pauvres humains » ont tentĂ© de s’écouter Ă  dĂ©faut de s’aimer – ils ont pourtant fait les gestes de l’amour !

L’action de la pièce rebondit et l’on se trouve cette fois chez le client qui apparaît sous son vrai jour. C’est un écrivain en devenir – je ne dis pas un raté car le talent peut se cacher longtemps – mais sans travail. Pour survivre, il sous-loue une partie de sa piaule. Le colocataire, arrogant, méprisant, le terrifie. Eprouve-t-il une simple phobie ? Mais si l’individu était véritablement dangereux ?... Lisa qui resurgit est comme le révélateur du photographe. Que va-t-il se produire ?

Alain Michel, qui a dĂ©jĂ  montĂ© Boomerang de Bernard da Costa, est très Ă  l’aise dans l’imaginaire de cet auteur. Da Costa, connu internationalement, avec des centaines de pièces Ă  la clef, a Ă©tĂ© jouĂ© un peu partout. Notamment Ă  la ComĂ©die-Française avec Messe pour un sacre viennois. Il est Ă  l’origine du phĂ©nomène cafĂ©-théâtre – dont il a Ă©crit l’histoire. C’est en interviewant, comme journaliste, Laurent Terzieff, qu’il a la rĂ©vĂ©lation de sa carrière. Et les œuvres se succèdent, comme Trio pour deux canaris, FrĂ©dĂ©ric II et Voltaire, Le Boxeur et la Violoniste – face-Ă -face Marcel Cerdan-Ginette Neveu dans l’avion oĂą ils sombreront. Mais ce qui a fait le succès de Bernard da Costa, c’est Les Adieux de la Grande Duchesse avec Tsilla Chelton.

Alain Michel, quant à lui, a monté au TNO Boomerang. Il retrouve son auteur avec Lisa. Une création. Le jeu, très Actor Studio, est précis, direct, efficace. Les interprètes hors-pairs. Alexandre de Pardailhan campe le client avec un tel réalisme qu’on se demande s’il ne se livre pas à une psychothérapie personnelle, régurgitant un texte difficile dans un état de semi-délire. Il met également le doigt sur un phénomène jungien : la projection. Selon le psychanalyste, quand il s’attaque Lisa et la couvre d’injures, il "accroche au crochet" ses propres turpitudes et le dégoût qu’il a de lui-même. Roxane Flochlay, emportée par son partenaire, est un peu comme le serpent face à la mangouste. Elle se laisse fasciner mais livre en fin de compte une âme fraîche qu’elle sait rendre dans un jeu pudique. Rémi Picard, colocataire plus que récalcitrant, est la brute épaisse qu’on souhaite détester ; il est si différent des personnages qu’il incarne habituellement.

Ce spectacle, qui est une création, vaut le dérangement. Souhaitons que le TNO prolonge les représentations !
Mis à jour le 15/12/2017
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