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Colette et l’Amour, cabaret littéraire, est une conversation à hauteur des étoiles, mais aussi un moment de théâtre, quasi-improvisé, où les méandres du piano nous grisent.

INFOS PRATIQUES
Affiche du spectacle
© X,dr
Du 26/05/2017
au 01/07/2017

Vendredi et samedi à 20h30.
Théâtre Poche Montparnasse
75 Bd du Montparnasse
75006 PARIS
Métro Montparnasse Bienvenüe
Réservations :
01 45 44 50 21
Site Internet
Pour la circonstance, la salle prend l’aspect d’un cabaret, avec de petites tables et des tabourets de bar, hauts sur pattes. En fond de décor, une fenêtre s’ouverte sur les jardins du Palais-Royal, la vue exacte que Colette avait de son appartement. A droite de cette fenêtre, des blanches émergent d’un vase kitsch. Un abat-jour mandarine éclaire le piano sur lequel un jeune homme, aux cheveux relevés en chignon, interprète La Valse de Ravel – Ravel, compositeur de L’Enfant et les Sortilèges… sur un livret de Colette. Attablés, face au public, trois personnes entament une conversation comparses à bâtons rompus. A tout seigneur, tout honneur : Judith Magre, à peine sortie de L’Amante Anglaise, avec son timbre de violoncelle. Elle illustrera la discussion par des textes aussi sulfureux que gourmands puis que tout commencera par une recette de cuisine. Philippe Tesson, en maître de céans – sans rien oublier de ses pointes de polémiste – glisser d’un sujet à l’autre, mais Elisabeth Quin, savante chroniqueuse, ne laissera rien passer. Elle sera ici souvent l’avocat du diable.

Pour la romancière de Chéri, l’amour fait partie de son pain quotidien. C’est Willy qui lui révèle. Willy, son premier mari, de quatorze ans son aîné, pas très ragoutant, mais le Parisien-type, mondain, salonnard et l’exact opposé de la petite provinciale qu’elle est, tournée vers la nature et attentive aux leçons que lui a données sa mère, Sido. Willy, beaucoup plus publiciste que journaliste, est tout de même une signature qui compte, d’autant qu’il a hérité des Editions Gauthier-Villars et qu’il anime un atelier d’écriture où besognent quelques jeunes espoirs de la littérature, comme Francis Carco. Colette, en plus de l’éclat de jeunesse qui enchante salons et réceptions mondaines, aura vocation de rejoindre cette bande de nègres. Elle sera en effet le nègre de son mari les fameuses Claudine que Willy signera sans vergogne.

Cet amour, plutôt intéressé, n’exclura pas une grande passion, d’un côté comme de l’autre. Colette de toute façon pensera toujours "avec sa peau". Trompée dès le début du mariage, elle transcendera son chagrin par une curieuse acceptation où jalousie, dissimulation et feu intérieur, toujours aussi vif, n’en seront pas exclus. Fût-il macho et goujat, Willy n’en reste pas moins son époux. Un époux auquel elle est soumise. Et cette soumission lui ouvrira d’autres bras, inconnus à défaut d’être interdits. Comme ce sera le cas avec Georgie Raoul-Duval que le couple traînera au festival de Bayreuth ou bien avec Natalie Clifford Barney, L’Amazone, qui tient salon rue Jacob, à l’ombre d’un petit temple dédié à L’Amitié. Celui-ci aurait été bâti par Adrienne Lecouvreur dans le but de célébrer son amant, Maurice de Saxe. Mais tout ceci n’est que légende, puisqu’il n’apparaît sur le cadastre qu’au XIXe siècle. Renée Vivien, poétesse de Lesbos, se nourrissait aussi de légendes et d’illusions. Colette l’a aussi côtoyée et sa fragilité l’a émue. Une telle fragilité ne pouvait la conduire qu’à la mort. Mais "l’étrange passion" ne prendra forme qu’avec Missy, alias marquise de Belbœuf et fille du duc de Morny – le demi-frère de Napoléon III. Dans ses veines coule le sang de la reine Hortense, de Talleyrand et de quelques princesses apparentées aux tsars. Habillée en homme et portant monocle, elle s’exhibera sur scène en compagnie de Colette. La pantomime portera sa signature et l’on verra un archéologue – Missy en personne – réveiller d’un baiser une momie – Colette. Donné eu Moulin-Rouge, Rêve d’Egypte sera le scandale de l’année 1907. Et le préfet de police interdira cette pantomime. Bien avant que le divorce avec Willy ne fût prononcé, les deux femmes partageront le même toit. Missy deviendra la protectrice à tous les sens du terme – la confidente et même la nouvelle mère d’une Colette qui ne rechignera pas sur la villa , offerte près de Saint-Malo. Rozven sera un jour le décor du Blé en herbe. Notre auteure, adepte des défis, portera par la suite un jugement sur le lesbianisme, très différent de l’homosexualité masculine. La saphisme n’est que la conjugaison de deux faiblesses, presque de deux échecs, enfin de deux tristesses.

Son amour-coup de foudre pour Henry de Jouvenel est d’une toute autre nature, bien qu’il fût le mariage de la carpe et du lapin. Cette passion n’en sera pas moins incandescente. Et les trois participants à cette soirée-cabaret insisteront sur la folie de Colette, bravant en pleine Guerre de 14 les interdits de l’armée, pour voler d’un coup d’aile vers Henry. Il est à Verdun et ce n’est pas encore la grande bataille, mais c’est tout de même le Front et les épouses ne sont pas admises. Que ne ferait-elle pas pour le grand frisson… le grand frisson peut-être à la veille de la mort ?

Devenue une dame – baronne de Jouvenel des Ursins – et la collaboratrice de son cher "Sidi" – un des rédacteurs-en-chef du Matin – elle n’en continue pas d’aimer. Elle aimera son beau-fils, éphèbe bronzé, dont la jeunesse fera chavirer son cœur. Il n’à que 16 ans. Elle, 47. La liaison, d’abord clandestine, fera un jour le tour de Paris sans que les parents de Bertrand de Jouvenel n’en puissent rien. Elle se prolongera même après le divorce d’avec le père. Amoureuse, folle de l’amour, « libre de corps et d’esprit », elle est l’initiatrice de la vie et rien ne peut l’empêcher, y compris de séduire Maurice Goudeket, qui sera un jour son troisième mari et la fidélité en personne.

Colette et l’Amour, cabaret littéraire, est une conversation à hauteur des étoiles, mais aussi un moment de théâtre, quasi-improvisé, où les méandres du piano nous grisent. Jean-Baptiste Doulcet sait mettre en valeur la voix de Judith Magre lisant Colette, en comédienne certes – et quelle comédienne ! – mais aussi en demi-sœur. Compréhension de femme, happée par l’Ondine de Ravel ou les accents d’un Nocturne de Fauré.
Mis à jour le 31/05/2017
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