• ''Un spectacle 100% honnête comme ça ne se fait plus de nos jours'', revendique Aurélie Bouquet.
  • Théâtre de papier, d’objets et de marionnettes, de la Cie Les Ateliers du capricorne pour les enfants (à partir de 7 ans), d'après les dessins de Sempé.
  • 2147 : c'est la date à laquelle un rapport de l'ONU prévoit que la pauvreté de l'Afrique aura diminué de moitié.
  • Deux monstres sacrés portés par une troupe pleine de feu, entre violence et tendresse, un spectacle à la Mnouchkine…
  • Qui connaît le peintre Philippe Dussaert (1947-1989), plasticien à l’origine du mouvement vacuiste dans les années 80 ?


Toutes les pieces de Moliere

Vos textes de théâtre en ligne
Notre sélection de spectacles
Vos petites annonces gratuites




"J'ai rendez-vous avec vous", aurait pu chanté Brassens sur la scène du Théâtre Le Guichet-Montparnasse. Ce sont quatre copains, Vincent Mignault, Laure-Estelle Nézan, Nicolas Fumo et Amélie Legrand, qui rendent hommage au Brassens des années de misère dans un spectacle épistolaire où il n'y a "rien à jeter".

INFOS PRATIQUES
Affiche du spectacle
© X,dr
Du 08/05/2015
au 14/06/2015

Vendredi et samedi à 19h, dimanche à 15h.
Guichet-Montparnasse
15, rue du Maine
75014 PARIS
Métro Montparnasse
Réservations :
01 43 27 88 61
Site Internet
Brel disait de Brassens : "C'est le plus beau sourire d'homme que je connaisse". Que pourrait dire les gens qui restent et qui connaissent l'artiste pour ses chansons à texte ? Et demain ? Brassens, c'est une moustache touffue, une voix rocailleuse, des mots exprimés en toute liberté, des chansons poétiquement humaines, des notes grattées avec solitude et partage. Une discographie impressionnante, des p'tits airs que chantonnent "les amoureux des bancs publics", des mots qui glissent en bouche comme "dans l'eau de la claire fontaine".

De René Fallet à propos de Brassens : "La voix de ce gars est une chose rare et qui perce les coassements de toutes ces grenouilles du disque et d’ailleurs". Avant d'être le Brassens révélé par Patachou, Georges était un ours mal léché, un gars dont la "mauvaise réputation" était entachée à cause d'un délit de jeunesse désœuvrée. Chroniqueur au Libertaire en 1946, son quotidien rime avec misère, son espace à vivre est aussi étroit qu'un timbre-poste. Sa Marianne s'appelle Joha et plus affectueusement Pupchen. Elle partagera ses amis, ses amours, ses emmerdes, mais jamais son intérieur.

La Compagnie "Je suis ton père" a créé un spectacle à partir d'une correspondance échangée de 1946 à 1952 entre Georges Brassens et Roger Toussenot, ami d'Abel Gance. Au 145, quai de Valmy, Brassens et Toussenot font connaissance dans les locaux du journal Le Libertaire. Les deux hommes, l'un poète, l'autre philosophe, ont un point commun : l'emploi des mots servis avec expression et liberté. Lettres à Toussenot, la rencontre avec un Brassens au 'poing' dressé sur le jour levé.

Solène Ortoli, Karine Boutroy et Elise Bénard ont conçu une scénographie intimiste optimisant l'occupation de l'espace avec le juste nécessaire facilement modulable et représentatif d'une garçonnière. Les livres en nombre, des nourritures terrestres indispensables à la raison de vivre de Brassens car c'était l'époque des grandes misères et le gargouillement intestinal était comblé par des lectures. La lumière, une réflexion en clair-obscur sur une jeune existence à claire-voie. Brassens n'avait pas le sou et à défaut d'avoir des dents de loup, il avait des quenottes pour mordre la vie avec sa muse, Joha.

La correspondance entretenue révèle une amitié profonde entre Brassens et Toussenot. Le ton est fraternel, la sincérité des mots est équivoque, les faits évoqués ont trait à Abel Gance, l'ami de Toussenot, et à ce fil d'Ariane anarchiste qui lie le Sétois et le "Huon de la Saône". Brassens, l'homme à la faconde textuelle, s'exprimera à propos de son engagement dans le mouvement anarchiste : "Ce qui est exaltant dans l'anarchie, c'est qu'il n'y a pas de véritable dogme. C'est une morale, une façon de concevoir la vie, je crois..."

Sur scène, Vincent Mignault interprète un Brassens méconnu, voire anonyme, car la misère se camisole Impasse Florimont chez Jeanne et Marcel, lesquels hébergent l'ami Georges. Vincent Mignault, une présence qui invite à découvrir la mémoire de Brassens le chroniqueur, dans un jeu de lectures passionnant mêlé d'amitié, d'humanité et d'une vérité de vie comme peu de gens savent l'écrire. A Brassens, il fallait parler de la pluie et non pas du beau temps, le beau temps le dégoûte et lui fait grincer les dents. La misère entre ses mots avait un parfum de Verlaine et Vincent Mignault les restitue avec une beauté et une sincérité qui sont siennes.

Nicolas Fumo en Roger Toussenot fait de brèves apparitions, lesquelles dressent le propos monté à cru à l'égard de Brassens. L'amitié est un champ de chardons et de marguerites, la nature dessine des oppositions à laquelle l'homme s'attache ou se détache. Toussenot et Brassens s'attachent à leur nature. Nicolas Fumo est simplement impressionnant.

La mise en scène de Vincent Mignault et Nicolas Fumo, des lettres pliées et dépliées, des images qui se devinent entre les mots, des sentiments partagés entre les virgules, des vies de misère et d'errance qui s'accroche à un battement d'ailes de papillon, une muse, un ami. Une intensité intimiste, un prolongement de souffle de l'ours mal léché, la rencontre avec ses amis, la rencontre avec un esprit libertaire si peu connu excepté dans certaines chansons. Une mise en scène aboutie où la subtilité a l'essence de l'humain et le mot poétique.

Laure-Estelle Nézan, une muse, qui habite la vie de l'auteur de chroniques, qui partage l'amitié des deux hommes. Une muse qui lit les lettres reçues, qui lit des livres, qui lit la pauvreté dans les yeux de celui qui l'aime comme sa Pupchen. Laure-Estelle Nézan, une présence de tous les instants qui apporte fantaisie et douceur dans la garçonnière de Brassens. Un joli brin de comédienne qui fleure la gaieté et la veine artistique. Magnifique prestation.

Que dire d'Amélie Legrand, le Succube de Brassens. La comédienne intervient à un moment du spectacle où liberté et folie s'installent en décor. Amélie Legrand exerce un pouvoir de séduction indéniable dans son jeu, lequel requiert exigence et performance. Amélie excelle dans ce registre, une belle présence.

Brassens, Lettres à Toussenot, à voir, à lire et à voir de nouveau.
Mis à jour le 11/05/2015
VOTRE AVIS
Donnez votre avis sur ce spectacle


Publicité
PARTENARIAT
PUBLICITE