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 Quand la jeunesse passionnée reprend avec amour le plus beau roman de Boris Vian, cela donne un spectacle frais, poétique et rythmé.
La jeune compagnie Charles est stone sort son épingle du jeu et nous offre une adaptation réussie du magnifique roman de Boris Vian L’Ecume des jours. Une uvre difficile à adapter à la scène. Tant par son style onirique, que par la multitude de personnages présents, les innombrables objets fantasmagoriques décrits ; et surtout parce que L’Ecume des jours est une des plus grandes uvres littéraires de Boris Vian, connue de toute une génération et de tous les amoureux doux rêveurs. Autant dire que ces jeunes comédiens étaient attendus au tournant, et qu’au vu du bide réalisé par la dernière version cinématographique, ils n’avaient plutôt pas intérêt à se louper. Heureusement, il n’en est rien et c’est avec beaucoup d’amour et d’engagement que toute cette équipe jeune, dynamique et pleine de vie et d’envie, nous offre un très beau spectacle fort et touchant.
Une histoire d’amour, d’insouciance, de la dureté du monde, de la perte de l’enfance... Une histoire poétique qui nous fait voyager au travers d’un monde où les objets sont atypiques, les danses endiablées, les maladies jolies mais mortelles... Colin tombe amoureux de Chloé au premier regard. Ils se marient et nagent dans le bonheur mais la belle est malade et Colin fera l’impossible pour la sauver, soutenu par son cuisinier et ami Nicolas. En vain. Quant à ses amis, Chick et Alise, eux aussi filent le parfait amour, mais la passion dévorante de Chick pour Jean-Sol Partre, qui les a réunis au début, envenimera la situation et détournera l’amant de sa dulcinée. Pour guérir et retrouver l’homme qu’elle aime, Alise sera prête à faire n’importe quoi, ce qui causera sa perte.
Un roman à l’inverse des contes de fées. Au début, les protagonistes vivent dans la joie et l’allégresse, mais au fur et à mesure qu’ils grandissent, le monde des adultes, difficile et bien souvent cruel, les rattrape et c’est la descente aux enfers.
Voilà plus d’un an que L’Ecume des jours de la compagnie Charles est stone a vu le jour, et il ne cesse d’évoluer. Aujourd'hui, la mise en scène s'est renforcée considérablement par la collaboration de la scénographe Leslie Bourgeois, qui a réalisé un travail magnifique. Ses créations s’apparentent à des uvres d’art contemporaines. Elle transpose à la fois l’univers onirique de Boris Vian avec des couleurs chatoyantes et des formes improbables (comme cette table où se trouvent encastrées les chaises, sorte de construction moderne), tout en servant le spectacle avec des éléments adaptables, faciles à manier et à déplacer, et qui donnent du jeu aux comédiens. Ainsi, la mise en scène est simple, très jolie et attrayante, mais surtout très bien pensée.
D'ailleurs, tout est pensé avec précision et ingéniosité dans cette création. Boris Vian va loin dans l’imaginaire et donne des visions très précises dans son roman ; Vincent Leprette et Jules Poucet vont encore plus loin. Le fameux piano à cocktail est rempli de bouteilles colorées et les boissons créées donnent différentes sonorités. C’est intelligent, fin, plein d’humour et de passion. L’impression générale de ce spectacle est l’amour de toute son équipe pour l’uvre de Boris Vian et l’envie de la défendre, de la sublimer et de la montrer au monde entier.
Un jeu très bien pensé des lumières rend l’impression de déchéance et de rétrécissement dans l’histoire. Ainsi, l’appartement de Colin, lieu central du roman qui a son existence à part entière, prend véritablement vie et consistance par ce jeu de lumières.
Les comédiens sont beaux, investis et aiment être et jouer ensemble. Ils possèdent toutes les qualités et les conditions nécessaires pour réaliser un beau spectacle. Ils prennent du plaisir sur scène et ce plaisir est communicatif. Adrien Neves est drôle et génial dans tous les personnages loufoques qu’il propose. Ils sont tous différents et bien distincts, tout en étant la représentation de ce monde adulte intransigeant et malsain, extérieur au bonheur des jeunes amants. Tous ces personnages entraînent les amoureux dans leur chute plutôt que de les aider. Les deux couples interprétés par Nawel Dombrowsky, Juliette Hebbinckuys, Vincent Leprette et Jean-Damien Detouillon sont frais et adorables. Les demoiselles sont jolies à croquer et tous les quatre se lancent dans des danses endiablées qui marquent les esprits. Jean-Damien Detouillon est fabuleux, créant un personnage à la fois doux, passionné, intelligent, intéressant et un rien séducteur, tout en sombrant doucement mais sûrement vers une addiction qui deviendra la même que celle d’un junky pour sa dose. C’est fin et sans sur-jeu. Et que dire de Pierre-Emmanuel Parlato ? A peine arrivé dans l’équipe, il est déjà comme un poisson dans l’eau et offre au personnage de Nicolas une substance et une profondeur réelle. Visuellement, il est très beau, mais il est surtout très bon acteur avec une belle présence, une écoute de ses partenaires, du partage et un naturel sur scène inné. Attention toutefois à un débit de parole trop rapide au début de la pièce qui rend difficilement compréhensible le texte.
Boris Vian était un grand amoureux du jazz et de sa mère patrie la Nouvelle-Orléans. La cie Charles est stone lui rend hommage. Sous le regard bienveillant de Duke Ellington présent dans la scénographie, les chorégraphies restent fidèles à celles du charleston et de Lindy Hop de la grande période de Saint-Germain des Prés. Un choix judicieux et de connaisseur quant à la bande sonore. Un pur régal ! Blues, jazz, gospel... les amateurs apprécient.
Une adaptation très réussie, qu’à n’en pas douter Boris Vian aurait appréciée. Un spectacle et une compagnie qui ont le vent en poupe et à qui l’on peut souhaiter une bonne continuation et un franc succès au prochain festival d’Avignon. Ces comédiens-là n'ont pas fini de faire parler d’eux. Une bouffée d’air frais dans l’univers théâtral parisien. |
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Mis à jour le 14/06/2013
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