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Autopsie d’une génération. Etre jeune aujourd'hui, une fiction ou une réalité ?

INFOS PRATIQUES
Affiche du spectacle
© X,dr
Du 17/05/2013
au 01/06/2013

Lundi, jeudi, vendredi, samedi à 20h30.
Théâtre A - Fabrique Théâtrale
43 rue du Coq Français
93260 LES LILAS
Métro 11 arrêt Mairie des Lilas
Réservations :
01 75 34 88 79
Site Internet
Les Lilas, rendez-vous dans un lieu atypique. D’entre les décombres d’une friche industrielle, renaît en 2009 un théâtre à taille humaine, Le Théâtre A - Fabrique Théâtrale. Investi par une équipe jeune et très motivée, Marine Pennaforte, l’administratrice, et Laure-Emma Tanguy, responsable communication et diffusion, reçoivent le public en hôte, accueil personnalisé et convivial.

Sur le trottoir à l’entrée du théâtre, un avant-goût de la pièce se greffe aux habitués du 43 rue du Coq-français, la metteuse en scène, Marie Fortuit, vient saluer amis et connaissances. Dans cet endroit insoupçonné, sont préparées et montées des pièces par la compagnie en résidence, lesquelles se voient ensuite proposées une scène parisienne reconnue. Les Bonnes de Jean Genêt en furent un exemple des plus convaincants avec trois cents représentations jouées au Lucernaire.

Falk Richter, l’auteur de Nothing Hurts (Rien ne blesse) fait partie de cette génération de dramaturges allemands dont le style évoque sans contre-façon les problématiques sociétales confrontées à l’émergence des dérives de la jeunesse. La contemporanéité des thématiques abordées traduisent une crise existentielle marquée par la chute du mur de Berlin. Le style Richter, une écriture démonstratrice de mises en situation où les extrêmes se tournent et se détournent d’eux-mêmes dans une chorégraphie de corps désarticulés et atteints dans leur affect.

Marie Fortuit s’est osée à monter le texte dans une mise en scène où s’affrontent dans un duel invisible écarts de conduites et crises d’angoisses. Aux zones de turbulence, se mêlent des prises de risques existentielles articulées sur la propulsion des corps.

Si le flou n’est pas artistique, il se dégage de la densité des éléments accordés à la scénographie. Trois paravents sis en fond de scène synthétisent deux silhouettes qui se profilent en transparence. Elles semblent extraites au temps et dans une mécanique de mouvements précipités, essaient-elles de s’y fondre de nouveau de façon à ne former qu’un seul être.

Résumé. Un mystérieux accident de voiture resurgit, souvenir commun de l’amour de deux femmes et source d’inspiration de l’une d’elles, réalisatrice. Le fantasme d'un contact enfin réel vient hanter une génération.

Mise en situation, une réalisatrice, une journaliste, un DJ, un garçon. La lumière s’approprie le lieu créant des brèches dans l’espace. De l’effet provoqué à claire-voie, une ombre se détache sur un mur. A quelle symétrie appartient-elle ? Autobiographie d’une victime relatant les séquelles physiques et les blessures supposées consécutives à un accident.

La musique flotte dans l’espace, partitions numériques imperceptibles et agressives. Dans la semi obscurité, sont projetés des reflets laser dont l’horizontalité des lignes rappellent la fiction sans être science.

Marie Fortuit joue avec les rapports d’inversion qu’apporte la littéralité du texte de Richter à ses personnages. Abstraction des sentiments de proximité comme des ‘je t’aime’. La déclinaison de ‘Proche, être proche’ ouvre le débat universel sur l’influence des réseaux sociaux comme moyen d’échange. Les nouveaux modes de communication rapprochent virtuellement la génération J, laquelle s’y accroche en H24 comme à un ballon d’oxygène.

L’étrangeté de certaines scènes extraites au texte étouffe la réalité. Naissent des angoisses qui montent en puissance dans les réparties en solo ou collectives. Le silence transgressé par des bruits diffus semble martelé par la chute des corps. Quelles sont les conséquences de ces chutes ?

La profondeur du texte ainsi retraduit dans la mise en scène indemnise l’anonymat des corps ondulant dans la souffrance. La violence mue dans une politique de désirs incontrôlés, le viol, et à l’opposé dans une volonté d’acte sexuel consensuel.

Kaléidoscope d’images extraites à la réalité, les personnages se confrontent sans se voir dans un jeu de rôle mélangeant les effets subversifs de la jeunesse en quête d’une identité. Elle se frappe contre des murs d’incompréhension, et à ses interrogations, les réponses restent évasives. Un question tags qui tourne autour de la fragmentation d’individualité, aussi peu expérimentée soit-elle. Le monde décliné au pluriel prône l’immatérialisme des nouveaux idéaux, donc à moindre mesure l’intolérance des rapports directs d’homme à homme.

Communication tactile, rapport distancié par l’éloignement géographique, un corps projeté contre le sol baigne dans son sang. La paralysie des sens vouée à une dimension exponentielle dans des rapports artificiels condamne une dynamique de groupe à vivre en reclus de la société.

Cyrielle Le Coadic et Violaine Phavorin incarnent une génération qui s’assume au présent, mais demain ? Violaine Phavorin, une comédienne qui vit intensément son personnage et l’interprète avec exigence et gravité. Une très belle présence. Le personnage joué par Cyrielle Le Coadic semble plus fragile et pourtant, son jeu alterne entre puissance et violence, dérision et intimité. L’exercice pouvait paraître compliqué d’emblée et les comédiens en ressortent indemnes.

Marion Fortuit, une artiste multi-talents qui avait été éblouissante dans Les Bonnes et réalise une première mise en scène intéressante. Elle subtilise à la rue le malaise vécu par la jeunesse et l’expose dans une géométrie faite de limites insondables sur la scène du Théâtre A - Fabrique Théâtrale.

Nothing Hurts, rien ne blesse, mais tout est à dire et c’est à voir jusqu'au 1er juin.
Mis à jour le 18/05/2013

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