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Un grand classique du théâtre français revisité par Xavier Lemaire dans une version enlevée où la dynamique de l’amour virevolte dans un tourbillon de sous-entendus.

INFOS PRATIQUES
Affiche du spectacle
© X,dr
Le 02/02/2013
20h30.
Théâtre de Saint-Maur
20 rue de la Liberté
94100 SAINT-MAUR-DES-FOSSES
RER A, sortie Parc de Saint-Maur
Réservations :
01 48 89 22 11
Site Internet
Le Jeu de l’amour et du hasard, titre évocateur de cette pièce de Marivaux jouée en sa représentation initiale en 1730 à l’Hôtel de Bourgogne par les comédiens Italiens du Roy. Ne fut-elle point une pièce légère mêlant la confusion des sentiments dans une équation arithmétique à quatre inconnues. Le texte aurait très bien pu être traduit dans un opéra transalpin, à La Scala de Milan ou à La Fenice de Venise. Les paroles de L’Amour est un oiseau rebelle, aria du premier acte de la Carmen de Bizet, rappellent en bien des points l’exaltation de Marivaux soucieux d’adopter l’intrigue à la tromperie, l’impertinence à la vanité.

Sylvia, fille du notable Orgon, doit être mariée à Dorante, le fils d’un des meilleurs amis du père. Sous couvert d’un cachet transmis par le valet, Orgon annonce l’arrivée imminente du jeune homme dans la journée. Sylvia confie à Lisette ses inquiétudes à propos de ce providentiel futur époux. Même s’il est de bon parti, il n’en demeure pas moins qu’avant d’être introduite dans ses couches, elle propose à son père une supercherie. Laquelle se manifeste sous la forme d’un jeu de rôle, Lisette s’empare de l’identité de Sylvia et elle de se déguiser en domestique. Orgon, complice à double-sens, s’amuse de la situation. Dans la lettre reçue de son ami, il est indiqué que Dorante veut tester Sylvia en se travestissant en son valet, Arlequin. Au jeu de l’amour et du hasard, à qui profitera l’usufruit de la duperie ?

Caroline Mexme a conçu une scénographie à trois temps. La scène s’ouvre sur l’intimité de la chambre de Sylvia où règne un désordre sans nom. Enroulée dans un drap, Sylvia tient le propos à sa suivante, Lisette. Les panneaux amovibles, situés derrière le lit, simulent une impression de profondeur à la chambre. C’est ici que nait l’intrigue, laquelle provoque un tumulte du début à la fin de la pièce. Le choix des coloris s’accordent d’aise à la clarté dégagée par le soleil quand ledit décor mue en hall vitalisé pour l’accueil des visiteurs. Le cœur des échanges et des contre-convoitises tient lieu dans la cuisine meublée d’une table et de chaises et de placard offrant la perspective de leur contenu.

Les costumes de circonstance sont signés Brigitte El Bar. Taillés dans des étoffes nobles pour Orgon, Mario, Sylvia et Dorante, les domestiques ne sont pas en reste d’habits de fortune. A l’aisance de la réplique, le tombé de manche s’ajuste car les comédiens manifestent empressement dans le mouvement et dans la gestuelle.

La création lumière de François-Eric Valentin restitue à la représentation l’esprit de ce théâtre à cœur ouvert qui mêle les objets sentimentaux que sont les émotions et les contradictions.

Dans un espace librement dévolu à l’énergie déployée par les personnages, la mise en scène subtilise la transversalité des rapports amoureux. Les confrontations sont fluides comme peintes à l’huile sur une toile immortalisant des amants nouant et dénouant le fil de leur relation. La stabilité des quiproquos se manifeste sur scène par l’effet pervers des travestissements et le déraisonnement social des prétendants à jouer leur domestique respectif. Xavier Lemaire intensifie la pièce de Marivaux avec des artifices que sont les farces de langage. Il insuffle à ce théâtre la fantaisie contemporaine exprimée par la vivacité des comédiens. La structure s’apprécie par la force des comédiens inspirés et plus généreux que nature. Ils donnent tout et peut-être encore plus que ça car sous la houlette de Xavier Lemaire, le texte de Marivaux s’écoute comme "L’oiseau que tu croyais surprendre, Battit de l’aile et s’envola, L’amour est loin, tu peux l’attendre, Tu ne l’attends plus, il est là" (extraits de L’Amour est un oiseau rebelle, aria du premier acte de l’opéra de Carmen de Bizet).
Mis à jour le 03/02/2013
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