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Les souvenirs d’un pauvre diable assassinent la famille d’un coup de couteau thérapique !

INFOS PRATIQUES
Affiche du spectacle
© X,dr
Du 25/10/2012
au 22/12/2012

Jeudi, vendredi et samedi à 20h45.
Théâtre du Marais
37, rue Volta
75003 PARIS
Métro Arts et métiers, Temple, République
Réservations :
01 71 73 97 83
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La petite scène du théâtre du Marais s’ouvre sur un auteur qui bouleverse l’ordre établi en son temps comme aujourd’hui. Il pourrait être de ceux comme Florian Zeller qui mettent en scène des pièces incarnant les héros de la vie familiale en des titres comme Le Père ou La Mère, on pourrait aussi lui coller la vision très psychanalytique du théâtre de Strindberg dans Père. Octave Mirbeau est de ces auteurs résolument de toujours dont l’œuvre importante peut s’inscrire dans l’instant présent et se projeter dans le futur car la véracité crisique de la vie traverse le temps sans une ride.

La famille est au cœur de la préoccupation d’Octave Mirbeau et c’est dans Les Contes cruels qu’Anne Revel Bertrand a décidé de puiser pour créer son adaptation intitulée Les Souvenirs d’un pauvre diable. La famille intemporelle est celle dont parle Octave Mirbeau. Son écriture incisive laisse les plaies ouvertes et les cris qui vont avec. Le narrateur, prénommé Georges, est "un pauvre diable" qui a le malheur d’être "né avec le don fatal de sentir vivement, de sentir jusqu’à la douleur, jusqu’au ridicule". Il narre des épisodes de son enfance et de son adolescence, solitaire.

Dans une langue française qu’on ne rencontre plus, celle des nouvellistes captivants du XIXe siècle, Octave Mirbeau iconise la famille et la stigmatise en l’incarnant cruelle et destructrice des rêves qui nous construisent et dessinent après l’esquisse les reliefs de notre personnalité.

Noël approche et la famille en prend un sacré coup mais, après tout, ne vaut-il pas mieux une vision acérée et caustique de ce sujet intime qui nous touche de près pour mieux relativiser nos propres situations familiales ? Après avoir vu cette pièce, peut-être vous sentirez-vous mieux dans votre propre famille tant celle de Mirbeau incarne le tragique, la démence, la mesquinerie, la dureté dans tous ses aspects.

La mise en scène d’Anne Revel Bertrand est ingénieuse. Avec deux comédiens Patrick Coulais et Yves Rocamora au talent multiforme, elle réussit la performance de leur faire jouer à tour de rôle – la lumière faite sur l’un, l’ombre retirant l’autre un instant – les personnages de la famille du narrateur. La mère, le père, les sœurs, tous ont leur névrose et le narrateur les dénonce comme un exutoire. Cruauté de la condition humaine, condamnée à l'angoisse et à la souffrance. Cruauté de la nature humaine, dont le fond est la férocité. Cruauté de la femme qui "domine et torture l'homme". Cruauté enfin de la société qui opprime, mutile, écrase l'individu, et le condamne à une existence larvaire.

Dans cette adaptation résurrectionnelle d’Anne Revel-Bertrand, le comédien Yves Rocamora incarne un Mirbeau moins passionnel que Patrick Coulais. Le premier nous amène à réfléchir et l’autre nous sensibilise a grands renforts de larmes. Mirbeau fait prendre conscience au spectateur que l’écriture peut être aussi une vraie thérapie. De "mal en pis" dans cette adaptation comme dans ses œuvres en général, on découvre un Mirbeau qui va même jusqu’à démystifier l’amour : "À l’inverse de ce que les poètes disent de l’influence "sublimatoire" de l’amour, l’amour tua en moi toute poésie... et la réalité dégradante m’apparut".

On se demande pourquoi une caricature d’une telle force pour réduire en poudre, en poussière ou en peau de chagrin comme vous le voulez, une pan de notre vie si important ? Mais rien n’arrive sans causes et la propre histoire de l’auteur désagrège l’édifice neutre de maturation qui aurait pu être le sien. Ce dernier passe une enfance difficile. A 15 ans, il se fait renvoyer de son collège jésuite après un début de viol avec l‘un de ses pères spirituels. En 1872, il monte à Paris et devient secrétaire particulier d'un Maréchal. Pendant quatorze années, il sera domestique ou nègre. L'année 1884 marque un tournant dans la vie de l'auteur. Délaissé par sa femme, il tire un bilan cadavérique de sa vie. Il n'a été qu'un serviteur. Dès lors, il donne à sa vie une nouvelle tournure. Il utilisera sa plume pour défendre les causes "justes" et vraies.

Ce n’est pas par hasard d’ailleurs si Stéphane Mallarmé lui tire son chapeau pour son activisme et sa sincérité : "Vous savez, Mirbeau, que je vous aime parce que vous êtes un des rares qui ne fassiez pas semblant, et c’est la chose impardonnable pour le public".

Travelling encore sur les saynètes d’une si belle adaptation : le drame se mélange à la comédie jusque dans le pugilat d’un couple dont les genres nous paraissent pousser à leur paroxysme. Ce détail de mise en scène où Anne Revel-Bertrand fait incarner à l’un de ses comédiens un rôle féminin jusque dans le travestissement peut nous laisser penser qu’elle laisse planer le doute sur l'affirmation sexuelle de son inspirateur qu’on comprend mieux à présent, le viol durant l’enfance ayant été évoqué.

Lles Souvenirs d’un pauvre diable ne sont que le premier volet d’un triptyque sur Octave Mirbeau, à l’occasion de son centenaire en 2017. Pour mener à bien son projet de "triptyque Mirbeau" à l’approche du centenaire de l’écrivain, Anne Revel-Bertrand vient également de créer sa compagnie, basée à Rémalard. Son ambition sera plus généralement de développer la diffusion du théâtre dans des lieux insolites, en particulier des sites industriels, artisanaux, agricoles ou propriétés du domaine public ou privé.

On voudrait encore rester en la présence de cet homme inquiet et captivant. On s’attache à ce Mirbeau là, à "ce pauvre diable". Laissons-le nous parler encore pour que résonne en nous un message clairvoyant sur la famille exaltée qu’il souhaite qu’on puisse canaliser comme pour occire ses démons destructeurs. "Ce que j’ai voulu, c’est, en donnant à ces quelques souvenirs une forme animée et familière, rendre plus sensible une des plus prodigieuses tyrannies, une des plus ravalantes oppressions de la vie, dont je n’ai pas été le seul à souffrir, hélas : l’autorité paternelle".
Mis à jour le 06/12/2012
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