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Contrairement à ce que laisse suggérer son titre, une histoire bien loin d’être drôle, adaptée avec talent par la cie du Théâtre du fil.

INFOS PRATIQUES
Affiche du spectacle
© X,dr
Du 07/07/2012
au 28/07/2012

22h45.
Collège de la Salle
Place Pasteur
84000 AVIGNON
Réservations :
04 90 32 03 26
Site Internet
Victor Hugo, un Ă©crivain engagĂ©, un gĂ©nie des mots, un conteur magnifique Ă  l’œuvre impressionnante. L’Homme qui rit dĂ©nonce les inĂ©galitĂ© sociales entre ceux de la noblesse qui se vautrent dans le luxe et dans leurs problèmes Ă©goĂŻstes et futiles, et les petites gens qui souffrent dans la misère et luttent pour leur survie. Une œuvre poignante de plus de sept cents pages.

Afin de transposer ce roman sur les planches, forcĂ©ment, des coupes importantes et une adaptation de l’œuvre originelle sont indispensables. Le Théâtre du fil reste fidèle au roman, bien qu’inĂ©vitablement, il manque certains dĂ©tails que des lecteurs pourraient trouver importants. L’histoire de Gwynplaine et de ses compères n'en reste pas moins comprĂ©hensible, le spectateur suit l’histoire avec aisance et Ă©motions. Et de l’émotion, il y en a. Comment rester insensible devant tant de misère ? Surtout que la cie du Théâtre du fil nous offre un travail juste et vrai. Cette compagnie mĂ©lange les comĂ©diens professionnels et amateurs. Cela se ressent dans l’interprĂ©tation des personnages, mais bien loin d’amoindrir ou de desservir le spectacle, cela en devient une force. Si les niveaux des comĂ©diens diffèrent, c’est avec leur cœur qu’ils montent sur scène et cela se ressent. Il faut dire qu’il en faut du cœur et une envie, proche de celle d’Hugo, de s’engager, de dĂ©noncer les horreurs et les injustices.

Gwynplaine, enfant nĂ© dans la noblesse, est achetĂ© par des "comprachicos" (hommes pauvres et malveillants) qui le mutilent pour leur plaisir et font de lui un bateleur. Sa bouche est sectionnĂ©e Ă  ses extrĂ©mitĂ©s laissant Ă  jamais marquĂ©e sur son visage un immense sourire. L’enfant est abandonnĂ© par les "comprachicos" qui fuient vers un monde meilleur et sombrent en mer. Avant de mourir, ils laissent une note dans une bouteille jetĂ©e Ă  la mer, se repentant de leurs actes cruels envers le pauvre garçon. Gwynplaine, seul, perdu, erre dans l’hiver glacial et mortel de 1690 en Angleterre. Il dĂ©couvre un bĂ©bĂ© sur le cadavre congelĂ© d’une femme. Il recueille le nourrisson aveugle, DĂ©a, qui deviendra une femme d’une grande beautĂ©, et part chercher de l’aide. Il trouve du secours, un accueil et une famille pour lui et l’enfant auprès d’un vieillard sage, Ursus, et de son loup Omo. Tous les quatre forment une famille sans le sou, mais remplie d’amour. Jusqu’au jour oĂą Gwynplaine est remarquĂ© par la demi-sœur de la reine...

Une histoire difficile faite de plusieurs chapitres bien distincts. La mise en scène d’Emmanuelle Lenne est géniale. L’histoire et l’évolution des personnages sont très claires. Les comédiens jouent plusieurs personnages, à l’exception de Django Nesmon qui interprète Gwynplaine avec sincérité. L’homme qui rit est affublé d’un demi masque en latex afin de rendre visible sa balafre. Django Nesmon convainct dans son personnage, mais la diction est gênée par le masque. On comprend ses paroles, certes, mais le son est étouffé. C’est à la fois en rapport avec la gêne qu'éprouve le personnage blessé et, en même temps, légèrement dérangeant à l’oreille du public. En tout cas, visuellement, c’est saisissant.

La cour d’Angleterre, drôle et pédante, se transforme en gueux au besoin des scènes. C’est intelligent et bien mené. Servane Briot interprète une Déa aveuglante toute en beauté et en finesse. Quant à Antonio Estevens, il est Ursus, un homme doux, réfléchi et aimant, d’une humanité profonde. Marie-Aleth Leguy est géniale en loup Omo, même si visuellement, on est davantage dans l'évocation de l’animal. En revanche, son interprétation de la vague au début est décevante : elle prend un accent étrange, sans raison.

MĂ©langer actions et narration est judicieux. Mais le procĂ©dĂ© doit ĂŞtre utilisĂ© avec une grande finesse. Il est très agrĂ©able d’entendre les mots de l’œuvre de Victor Hugo. Particulièrement ses phrases imagĂ©es : "L’enfant sentit le froid des hommes plus terrible que le froid de la nuit", "Toutes les entrailles sont tortueuses, celles d’une prison comme celle d’un homme"... Mais lorsque ces phrases sont prononcĂ©es en dehors des actions, par les vagues notamment, elles ont tendance ) alourdir la scène. Les actions se suffisent Ă  elles-mĂŞmes, il n’est point besoin de raconter ce que l’on voit. En revanche, toutes nos fĂ©licitations Ă  Jacques Miquel dans le rĂ´le Victor Hugo, qui raconte ou commente, en avant-scène, la suite de l’histoire. Il est Ă  la fois intĂ©rieur et extĂ©rieur Ă  l’action. Comme s’il vivait et en mĂŞme temps Ă©crivait l’histoire qu’il raconte. Jacques Miquel est parfait pour ce rĂ´le, tant par sa ressemblance frappante avec l'auteur que par son jeu naturel.

La scĂ©nographie Ă©voque la commedia dell’arte avec un plateau de bois en fond de scène, Ă  la fois radeau, scène pour les prĂ©sentations de la famille d’Ursus et trĂ´ne royal. Peu d’accessoires et peu de dĂ©cor, tout est manipulĂ© par les comĂ©diens (tissus bleu pour la mer...) et Ă©volue, se transforme. C’est intelligent et très agrĂ©able Ă  l’œil.

La musique est omniprésente dans cette création. Les compositions originales sont jouées par Florent Vintrignier (excellent musicien très connu pour son groupe de musique La Rue Kétanou) à l’accordéon et au chant, et Raphael Foret-Bruno (également très bon musicien) à la flûte. Les musiques permettent les changements d’ambiance entre les deux mondes. Festif, léger et enjoué pour la cour ; plus doux, voire parfois un peu triste pour celui des pauvres.

Bref, la nouvelle crĂ©ation du Théâtre du fil est une rĂ©ussite, qui Ă©voluera et se perfectionnera avec le temps. Une adaptation fidèle et intelligente de l’œuvre de Victor Hugo. L’Homme qui rit ne laisse pas indiffĂ©rent et l’on ressort de la salle des larmes dans les yeux, le cœur chantant et l’envie de se rĂ©volter.
Mis à jour le 03/08/2012
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