• La version longue du deuxième seul en scène adapté du recueil de Matéi Visniec, Théâtre décomposé ou l’homme poubelle.
  • Gardiennes... Un siècle de témoignages de femmes d’une même famille qui découvrent l’amour, la sexualité et l’enfantement.
  • Au cours de l’exode de 1940, des malades mentaux se sont échappés des hôpitaux et n’ont été retrouvés qu’après la guerre, vivant parfaitement normalement…
  • Stanley est un adolescent atteint d’un trouble très étrange : il dit ''perdre le temps''.
  • De Brigitte Fontaine à Dalida, de Luis Mariano à Jacques Higelin, de Mylène Farmer à Ingrid Caven sans oublier Marguerite Duras et tant d'autres perles...


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Contrairement à ce que laisse suggérer son titre, une histoire bien loin d’être drôle, adaptée avec talent par la cie du Théâtre du fil.

INFOS PRATIQUES
Affiche du spectacle
© X,dr
Du 07/07/2012
au 28/07/2012

22h45.
Collège de la Salle
Place Pasteur
84000 AVIGNON
Réservations :
04 90 32 03 26
Site Internet
Victor Hugo, un écrivain engagé, un génie des mots, un conteur magnifique à l’œuvre impressionnante. L’Homme qui rit dénonce les inégalité sociales entre ceux de la noblesse qui se vautrent dans le luxe et dans leurs problèmes égoïstes et futiles, et les petites gens qui souffrent dans la misère et luttent pour leur survie. Une œuvre poignante de plus de sept cents pages.

Afin de transposer ce roman sur les planches, forcément, des coupes importantes et une adaptation de l’œuvre originelle sont indispensables. Le Théâtre du fil reste fidèle au roman, bien qu’inévitablement, il manque certains détails que des lecteurs pourraient trouver importants. L’histoire de Gwynplaine et de ses compères n'en reste pas moins compréhensible, le spectateur suit l’histoire avec aisance et émotions. Et de l’émotion, il y en a. Comment rester insensible devant tant de misère ? Surtout que la cie du Théâtre du fil nous offre un travail juste et vrai. Cette compagnie mélange les comédiens professionnels et amateurs. Cela se ressent dans l’interprétation des personnages, mais bien loin d’amoindrir ou de desservir le spectacle, cela en devient une force. Si les niveaux des comédiens diffèrent, c’est avec leur cœur qu’ils montent sur scène et cela se ressent. Il faut dire qu’il en faut du cœur et une envie, proche de celle d’Hugo, de s’engager, de dénoncer les horreurs et les injustices.

Gwynplaine, enfant né dans la noblesse, est acheté par des "comprachicos" (hommes pauvres et malveillants) qui le mutilent pour leur plaisir et font de lui un bateleur. Sa bouche est sectionnée à ses extrémités laissant à jamais marquée sur son visage un immense sourire. L’enfant est abandonné par les "comprachicos" qui fuient vers un monde meilleur et sombrent en mer. Avant de mourir, ils laissent une note dans une bouteille jetée à la mer, se repentant de leurs actes cruels envers le pauvre garçon. Gwynplaine, seul, perdu, erre dans l’hiver glacial et mortel de 1690 en Angleterre. Il découvre un bébé sur le cadavre congelé d’une femme. Il recueille le nourrisson aveugle, Déa, qui deviendra une femme d’une grande beauté, et part chercher de l’aide. Il trouve du secours, un accueil et une famille pour lui et l’enfant auprès d’un vieillard sage, Ursus, et de son loup Omo. Tous les quatre forment une famille sans le sou, mais remplie d’amour. Jusqu’au jour où Gwynplaine est remarqué par la demi-sœur de la reine...

Une histoire difficile faite de plusieurs chapitres bien distincts. La mise en scène d’Emmanuelle Lenne est géniale. L’histoire et l’évolution des personnages sont très claires. Les comédiens jouent plusieurs personnages, à l’exception de Django Nesmon qui interprète Gwynplaine avec sincérité. L’homme qui rit est affublé d’un demi masque en latex afin de rendre visible sa balafre. Django Nesmon convainct dans son personnage, mais la diction est gênée par le masque. On comprend ses paroles, certes, mais le son est étouffé. C’est à la fois en rapport avec la gêne qu'éprouve le personnage blessé et, en même temps, légèrement dérangeant à l’oreille du public. En tout cas, visuellement, c’est saisissant.

La cour d’Angleterre, drôle et pédante, se transforme en gueux au besoin des scènes. C’est intelligent et bien mené. Servane Briot interprète une Déa aveuglante toute en beauté et en finesse. Quant à Antonio Estevens, il est Ursus, un homme doux, réfléchi et aimant, d’une humanité profonde. Marie-Aleth Leguy est géniale en loup Omo, même si visuellement, on est davantage dans l'évocation de l’animal. En revanche, son interprétation de la vague au début est décevante : elle prend un accent étrange, sans raison.

Mélanger actions et narration est judicieux. Mais le procédé doit être utilisé avec une grande finesse. Il est très agréable d’entendre les mots de l’œuvre de Victor Hugo. Particulièrement ses phrases imagées : "L’enfant sentit le froid des hommes plus terrible que le froid de la nuit", "Toutes les entrailles sont tortueuses, celles d’une prison comme celle d’un homme"... Mais lorsque ces phrases sont prononcées en dehors des actions, par les vagues notamment, elles ont tendance ) alourdir la scène. Les actions se suffisent à elles-mêmes, il n’est point besoin de raconter ce que l’on voit. En revanche, toutes nos félicitations à Jacques Miquel dans le rôle Victor Hugo, qui raconte ou commente, en avant-scène, la suite de l’histoire. Il est à la fois intérieur et extérieur à l’action. Comme s’il vivait et en même temps écrivait l’histoire qu’il raconte. Jacques Miquel est parfait pour ce rôle, tant par sa ressemblance frappante avec l'auteur que par son jeu naturel.

La scénographie évoque la commedia dell’arte avec un plateau de bois en fond de scène, à la fois radeau, scène pour les présentations de la famille d’Ursus et trône royal. Peu d’accessoires et peu de décor, tout est manipulé par les comédiens (tissus bleu pour la mer...) et évolue, se transforme. C’est intelligent et très agréable à l’œil.

La musique est omniprésente dans cette création. Les compositions originales sont jouées par Florent Vintrignier (excellent musicien très connu pour son groupe de musique La Rue Kétanou) à l’accordéon et au chant, et Raphael Foret-Bruno (également très bon musicien) à la flûte. Les musiques permettent les changements d’ambiance entre les deux mondes. Festif, léger et enjoué pour la cour ; plus doux, voire parfois un peu triste pour celui des pauvres.

Bref, la nouvelle création du Théâtre du fil est une réussite, qui évoluera et se perfectionnera avec le temps. Une adaptation fidèle et intelligente de l’œuvre de Victor Hugo. L’Homme qui rit ne laisse pas indifférent et l’on ressort de la salle des larmes dans les yeux, le cœur chantant et l’envie de se révolter.
Mis à jour le 03/08/2012
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