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Mélange de théâtre et de cirque, ou comment cinq circassiens s’approprient le conte de Charles Perrault, La Belle et la Bête.

INFOS PRATIQUES
Affiche du spectacle
© X,dr
Du 13/01/2012
au 15/01/2012

Les 13, 14 janvier à 20h, le 15 janvier à 15h.
Odyssud
4 avenue du Parc
31700 BLAGNAC
Réservations :
05 61 71 75 15
Site Internet
Un jeune homme, lors d’une nuit d’orage, commence la lecture d’un des plus beaux et plus connus contes de Charles Perrault, La Belle et la Bête. Pris dans cette lecture passionnante, peu à peu la lumière se fait sur scène, nous dévoilant l’imaginaire qui se crée dans son esprit. Inutile de résumer l’histoire de La Belle et la Bête, tout le monde la connait. Si, durant votre enfance, vos parents ne vous l’ont pas lue, vous avez au moins vu la version cinématographique de Jean Cocteau et/ou, pour les plus jeunes, la version dessin animé de Walt Disney.

Ici, c’est un formidable mélange des genres pour l’adaptation que propose la compagnie Shlemil Théâtre. Cinq comédiens (deux femmes et trois hommes) vont, tour à tour, interpréter les personnages du conte, déplacer les éléments du décor et manipuler les marionnettes. Ils sont tous pluridisciplinaires et bourrés de talent. L’influence du cirque est marquée par les acrobaties, Belle pratiquant le tissu, un peu de jonglage, de la magie, des colombes... La compagnie nous offre aussi un magnifique duo de claquettes et une chorégraphie de patins à roulettes. Un artiste n’est pas complet s’il ne chante pas ou ne joue pas d’un instrument, ceux-là l’ont bien compris : ils nous offrent quelques chansons. Trop peu. Artistes complémentaires, ils nous régalent d’un petit clavecin, de violon, d’un xylophone à clochette et de deux voix féminines, sublimes, qui se marient à merveille. On en redemande !

La scénographie est magnifique, faite de matériaux simples, elle est efficace et impressionnante. Le carrosse renversé dans lequel les comédiens jouent et explorent toutes les possibilités qu’offre ce terrain de jeu, telle une cage à poule de notre enfance, la chambre du château dans un style gothique à la fois beau mais sombre et légèrement inquiétant, juste ce qu’il faut. N’oublions pas que c’est un spectacle majoritairement pour les enfants. Tous est mobile et peut se transformer, tout est pensé pour créer un ou plusieurs effets. Un gros travail de recherche et de création. Bravo.

Maintenant, les marionnettes et les masques. Eh bien oui, à cinq pour interpréter tout un univers fantastique avec neuf personnages, il faut bien trouver des astuces. Et la compagnie Shiemil ne manque pas de ressort. Ici, on utilise des demi-masques, qui ne sont pas sans rappeler la commedia dell’arte, avec ces airs comiques, ces corps de circassiens fluides et réactifs, et surtout le papa de Belle qui a un fort accent d’Italie. De beaux masques qui semblent être faits de papiers mâchés et qui donnent cette dimension enfantine dans un conte qui reste terrifiant : on vous rappelle qu’une jeune vierge sacrifie sa vie pour son vieux père, tout ça parce qu’il a cueilli une rose, en acceptant de vivre chez une bête affreuse dans un château très bizarre et que cette jeune fille est persuadée que la dite bête va la dévorer ! Les masques de singes, les serviteurs de Belle dans le château, entiers cette fois-ci, sont réalistes, pleins de poils et doublés avec la gestuelle des comédiens. Il nous semble avoir sous les yeux de véritables chimpanzés domestiqués. Funny !

Les deux marionnettes principales sont, bien entendu, la Belle et la Bête. Belle en marionnette ne porte pas très bien son nom... Son originalité, c'est qu’elle est manipulée par Julien Lubek, qui lui prête son corps (plus particulièrement ses jambes et ses bras). Très intéressant et juste, ni grossier, ni grotesque ou caricatural. Le plus imposant de tous les personnages de ce spectacle est bien sûr la Bête. Cette grande marionnette articulée de deux mètres, manipulée à vue par Julien Lubek, fait vraiment peur ! Dans les tons marrons, cette créature ressemble à une sorte de cafard kafkaïen avec sa grosse tête, ses petits bras rachitiques dont les extrémités sont deux petites pinces, sortes de doigts crochus, ses jambes qui flageolent, des crocs qui sortent de sa bouche dans tous les sens et ses gros yeux globuleux et vitreux. On est bien loin des représentations poilues et viriles, ce lion un peu dangereux mais toutefois attirant, de Cocteau ou de Walt Disney. Non, ici, la Bête est impressionnante, très flippante et plus que repoussante. Voire même dégoûtante ! De plus, elle a un côté lubrique avec la façon dont elle s’approche et touche Belle. Et surtout, dans cette version sans détours, elle demande directement à Belle : "Veux-tu coucher avec moi ?" ! Au moins, c’est clair.

Le jeu des deux comédiennes est fusionnel et d’une grande beauté. Dans le premier tableau, les comédiennes incarnent les deux sœurs jalouses et pourries gâtées de Belle. Toutes deux masquées, elles incarnent le même corps, devenues des sœurs siamoises chorégraphiant leurs gestes, pleines d’attention l’une pour l’autre. Quand l'une éternue, l’autre se mouche. Puis elles incarnent toutes deux Belle, lorsque celle-ci est au château. Dans un jeu de miroir, elles entament une chorégraphie de mimétisme où, au fur et à mesure, elles se fondent l’une dans l’autre à tel point qu’il est impossible de les différencier. Cécile Roussat et Akiko Veaux nous offrent un très beau duo.

Bref, voici un beau spectacle et une très belle performance. Même si on regrette que les voix ne soient pas assez portées et que, parfois, on perde le sens du texte. Les chorégraphies sont travaillées, minutieuses, avec un gros effort sur les effets techniques, mais cela manque parfois de rythme. Visuellement très beau et intéressant, il manque pourtant quelque chose, un je-ne-sais-quoi. Comme un beau plat riche en couleurs et en ingrédients qui manquerait d’épices pour relever le tout. Superbe pour les enfants, un peu long pour les parents du fait de ce manque de mordant. Il n'en reste pas moins que cette adaptation de La Belle et la Bête est à voir, pour saluer le travail de toute la troupe qui s’est déchaînée à tous les niveaux. Une fois de plus, félicitations !
Mis à jour le 16/01/2012
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