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Le concept de départ est plutôt très séduisant : "une plongée sensorielle qui fait rire et qui fait peur, dans l’obscurité la plus complète". Et la minutieuse et longue préparation de l’entrée dans la salle, dans le noir absolu, par petites files, en se tenant par l’épaule, guidés par un non-voyant, fait frissonner, rire et parler. Puis, nous annonce-t-on aussi "dans la salle où aucune source de lumière n’est autorisée (ni portable, ni montre...), le public perd la conscience du temps et de l’espace pour se laisser gagner par la peur et l’émotion ! Ainsi sont touchés les cinéphiles fans de thriller et fantastique aussi bien que ceux qui aiment le théâtre tout court. La peur sort des sentiers battus des salles obscures pour effrayer en live des spectateurs curieux de nouvelles sensations. Le noir complet centre la mise en scène sur la bande son et la voix des comédiens, ce qui laisse à chacun des auditeurs la liberté de "visualiser" avec ses propres images chaque instant".
Et le début du spectacle est prometteur : amples bruits de chaînes, graves palpitations, basses profondes... Nous découvrons rapidement que nous sommes, pour la première pièce présentée, dans un sous-marin russe. Où un jeune couple se dispute : lui veut dormir alors qu’elle, qui a organisé tout cela pour ranimer le désir entre eux, préférerait une câline torpille. Non, non, plus tard. Bon, bon, puisque c’est comme ça, je vais faire pipi. Ah zut, l’interrupteur ne fonctionne plus, pas de lumière, comment je fais ?!
Dès lors, poussée par les affres éternels de la vessie bondée, l’épouse court et se cogne un peu partout à tout ce qui traîne de métallique. S’ensuivent des histoires d’espion, de déchets nucléaires, de trafics divers, d’autres voyageurs disparus... Le texte est hélas d’une platitude invraisemblable, ça court et ça crie partout, pour créer des effets spatiaux, effets spéciaux. Mais ces déplacements n’ayant aucune nécessité dramatique, cette agitation est d’un ennui de plus en plus accablant. Le sous-marin lui-même a l’air d’être carré, et aussi large que le Nautilus de Vingt mille lieues sous les mers, version Disney.
Le public ne crie certainement pas de peur et essaie de rire quelquefois, comme pour se convaincre que tout cela est bien amusant. Mais non, et c’est bien triste car toute l’équipe est visiblement d’une grande gentillesse et pleine de bonne volonté. Beaucoup de temps et d’énergie ont été consacrés sincèrement à ce spectacle mais il aurait suffi d’en avoir réservé un peu plus pour choisir bien plus soigneusement... le fond : le texte. Une parole sans lumière dite dans le noir, ce n’est ni Crazy, ni Horror, ni Theater, ni Show. Alors que dans ce dispositif impressionnant et curieux, une parole d’esprit et d’urgence aurait fait du noir... une couleur. |