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  • 2147 : c'est la date à laquelle un rapport de l'ONU prévoit que la pauvreté de l'Afrique aura diminué de moitié.
  • Deux monstres sacrés portés par une troupe pleine de feu, entre violence et tendresse, un spectacle à la Mnouchkine…
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INFOS PRATIQUES
Affiche du spectacle
© X,dr
Du 23/04/2008
au 24/05/2008

Du mercredi au samedi à 19h, dimanche à 17h.
Ciné 13 Théâtre
1, Avenue Junot
75018 PARIS
Métro Lamarck Caulaincourt
Réservations :
01 42 54 15 12
"Début un peu poussif", lit-on dans L'Humanité. Nul ressenti pour ma part de ce genre. Faudrait-il donc que la pièce de Christine Farré commence comme un James Bond pour les amoureux d’action plutôt que par l’intelligente et utile présentation des critiques, marchands et écrivains qui entourent l’artiste sculpteur ? Saluant sans doute la création de Charles Gonzalès du 10 septembre 2001, au Théâtre de l'Imprimerie, Charles Gonzalès devient Camille Claudel, jouée ensuite longuement au Lucernaire avec un réel succès, aujourd'hui aux Mathurins ; reprenant en ouverture de sa mise en scène le principe de la voix off, cette fois féminine et la première moitié de la lettre de 1913 de Camille Claudel à Mademoiselle Vertus, "Vous avez sans doute déjà entendu parler de mes aventures funambulesques et ce qui s’en est suivi... Pour terminer, j’ai été enlevée par un cyclone, moi et mon atelier...", comme tous les alpinistes qui ont tenté un sommet, Christine Farré se porte à l’assaut d’une nécessaire réhabilitation d’un destin de grande envergure piétiné. Avec sincérité, honnêteté et tendresse. Comme en musique, nouvelle variation, une autre pièce, une autre manière de toucher le public présent. Monet dans son travail sériel sur les cathédrales de Rouen n’approfondissait-il pas à l’infini en quête de l’incarnation de nouvelles sensations ? Camille Claudel a suffisamment été niée de son vivant pour qu’aujourd’hui les barrages bien fondés autorisent une ouverture et une distribution des récompenses posthumes qui ne gênent plus personne, voire favorise une installation progressive à l’intérieur des structures marchandes.

Christine Farré, Ivana Coppola et les bons acteurs qui l’accompagnent, inspirés d’évoquer Camille, permettent qu’on remette les pendules à l’heure non par des discours militants ou moralisateurs mais par les ressources magiques du théâtre. Dans ce contact si intime avec le public, l’émotion bouscule de vieux schémas, les représentations simplistes véhiculées avec opiniâtreté par le sens commun, les feuilletons peu profonds et bâclés, certaines institutions reproduisant des poncifs, un discours consensuel notamment autour de l’artiste fou et génial... Christine Farré, condensant dans un espace et une chronologie accélérée les différentes périodes de cette vie morcelée, refusée, anachronique, anéantie, pose les questions majeures, plus que jamais actuelles, des conditions de vie de l’artiste, de l’élaboration d’une œuvre qui anticipe les normes du moment, se heurtant de fait à tous les verrous existants en pareille circonstance. Quelle récupération alors le plus souvent que la vision plate d’un romantisme mal compris ?

Ivana Coppola, par son art de la métamorphose, vieillissant de manière sidérante sous la souffrance et l’abandon, par son sens tragique, son énergie juste et la compréhension fine des lettres de l’artiste, sidère les spectateurs. Très mobile, énergique, volcanique et investie, elle bouleverse en incarnant l’épuisement de Camille face aux blocages que produisent le manque d’argent et les conditions de plus en plus difficiles. Coût de la pierre, de l’onyx et du marbre, du plâtre, des fondeurs, commandes payées en retard, oboles épisodiques du frère pourtant diplomate et heureux propriétaire du château de Brangues, la correspondance de Mirbeau ou de Morhardt choisie avec efficacité conduit à y penser, surtout si vivant soi-même dans le confort d’une paisible vie bordée de bons garde-fous ?

Christine Farré aide à mettre en résonance ce destin avec celui de Van Gogh, autre Suicidé de la société incapable de travailler sans l’aide spirituellement intéressé, aussi, de son propre frère qui, bien que vendeur chez Goupil, n’a vendu qu’un seul tableau de Vincent de toute sa vie. N’y a-t-il pas là matière à s’interroger sur cette dépendance et sur la pauvreté dans lesquelles ces deux artistes sont solidement maintenus par leurs proches, eux véritables démiurges qui feront, une fois morts, travailler tant de générations de gens et de corps de métiers, fonctionnaires, universitaires, conservateurs ?

Malgré sa jeunesse, avec poids, Ivana Coppola convainc en portant avec force et conviction ce scandale renforcé par le douloureux problème de la reconnaissance. Hostilités occultes ou déclarées. L’amour, né de la passion artistique, d’abord élan, jouissance, caresses évoqués joliment par la belle virilité d’Enrico di Giovanni, s'effrite et résiste mal aux promesses du quotidien, aux choix qui amènent à sortir des catégories banales. Rodin radicalement du côté du pouvoir ? Les femmes, les marchands, quelles aides jusqu'où réellement désintéressées ? La famille, la mère, Paul et son sens des honneurs, son lyrisme et son sens du péché ? Quelles aides réellement régulières et effectives ? Plutôt quels désirs de mort nichés dans quelles frustrations obscures ? La société, quelle promotion de cette artiste singulière craignant sa marginalité ? Pour tremplin à la promotion de son Œuvre, la marginalisation volontaire et involontaire ? Mort à celui ou celle qui, au sein de la société et de ses valeurs convenues ose se décaler, par refus ou incapacité naturelle à entrer dans la case proposée de la banalité. Avant-garde dérangeante. Et à lire Le Chef d’Œuvre inconnu et Pierre Grassou de Balzac, l’on mesure, Frenhofer en opposition à Pierre Grassou, tout l’écart qu’il y a entre la gloire apportée par la société consommatrice d’œuvres non dérangeantes, immédiatement assimilables, par opposition au rejet et l’incompréhension face à la rareté d’une œuvre élaborée dans le silence, la patience, la soif du style et l’insatisfaction permanente inhérente à toute trajectoire artistique authentique.

Enfin, Camille est folle, et voilà le talent !!! C’est bien là son moindre défaut !!! "Ode à la folie", lit-on ! "La folie créatrice..." Ah ! qu’il est bon d’être fou, en hôpital psychiatrique, en exil alors qu’on écrit une correspondance comme personne où l'esprit et la lucidité sont présents à chaque ligne ! "Il avait le vice des intellectuels, il était futile", écrivait Céline. Ivana Coppola s’approche un peu de la souffrance psychique, de cette mise en danger de soi placé peu à peu par la solitude "au-dessus du volcan". La comédienne se transcende alors en exprimant sans avarice le progressif enfermement de Camille dans son soliloque, sa colère, ses contestations, les pleurs, la perte des repères... Qui tend la main, achète une œuvre, se déplace dans l’atelier ? Qui, à celle en crise, affaiblie physiquement et psychiquement, apporte l’accompagnement qui oxygène à nouveau ? Qui de la mère, qui de Paul ? Ensuite l’enfermement car folle ? Pour trente ans et jusqu’à la fin, morte de faim à Montdevergues ? Rachitique. Paul, pieux chrétien, grossit et reste sourd aux appels de sa sœur. "Il faut l’enfermer", dit Créon à propos d’Antigone ? Destin similaire. Ivana Coppala, bien dirigée et soutenue par les comédiens qui l’aident à exalter le désespoir, offre le jeu d’une très belle comédienne. Point d’orgue quand se couchant ultimement, le visage vieilli mais encore admirablement beau, les traits tirés, elle serre le cœur de tous, tendant en ultime offrande le pathétique de ce petit corps enfin vaincu posé sur son lit de mort et les remerciements à sa mère qui lui a permis une si belle vie.

Christine Farré et ses comédiens touchent aux entrailles le public qui remplit la salle, plus ouvert sans doute à se demander s’il ne passerait pas lui aussi à côté d’un Van Gogh, d’une Camille Claudel, car de lui-même, il ne saurait pas voir une œuvre immense en gestation et réalisation tant que la société ne lui aurait pas donné le feu vert pour regarder, admirer, s'approcher avec étonnement ? Merci par-dessus tout à Reine-Marie Paris qui, jeune, avec une étonnante vitalité et une autonomie de jugement, s'est scandalisée de l’abandon dans une cave des œuvres de Camille, comme de vieilles bouteilles et qui a entrepris par un catalogue raisonné devenu référence de promouvoir l’œuvre de sa grand-tante. Remerciements à tous ceux qui, d’une manière ou l'autre, aident les artistes authentiques, d’hier et d’aujourd’hui car ils existent, en parlant de leur travail, n’en restant pas à des promesses et des éloges sans lendemain, une suspicion, une incrédulité face à l'artiste et son œuvre pas encore reconnus, une ordinaire indifférence, au mieux quand ce ne sont pas... des indélicatesses...
Mis à jour le 19/05/2008
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