C’est en partant de ce vieil adage : « La réalité dépasse souvent la fiction » que j’ai eu envie de m’interroger sur un genre connu et reconnu au théâtre : le boulevard.
Qui n’a pas vécu, dans sa vie, au moins une situation complètement loufoque défiant les lois du pragmatisme ? Mais les évènements les plus fous qui surviennent dans la réalité aboutissent à une anecdote ou à un fait divers rarement assimilés à une grande histoire parfaitement rythmée. Alors que la fiction joue avec le rythme et l’énergie car il y a, avant toute chose, dans cette mécanique bien huilée, un souci du détail, une focalisation et une mise en valeur de certains aspects.
Certes le texte n’est pas souvent porteur de message du moins tel qu’on l’attend d’une pièce de théâtre ; il accorde avant tout, une place prépondérante au public : il est travaillé à partir de la résonance qu’il engendre et sa structure s’appuie sur les personnages et le comique de situations.
A partir de ce constat, une pièce s’est imposée à mon esprit : « Oscar » de Claude Magnier. Pour l’esthétique dramaturgique qui respecte le crescendo, pour le mécanisme précis des situations, pour les personnages à la fois simplistes et colorés... bref, pour la vie qui s’en dégage. Donc, je devais travailler sur la vie et non pas sur la fiction. La différence fondamentale étant que la fiction a un début et une fin, un cadre temporel et géographique bien défini, tandis que la vie est plus diluée, plus vaste comme un flot qui ne finit jamais et qui part et arrive dans tous les sens... d’où aussi le manque de rythme. La difficulté a été de trouver les rouages qui donneraient une vie propre et indépendante – au-delà de cette histoire - aux personnages mais dans le rythme et l’énergie de la fiction.
J’ai donc posé les axes de la mise en scène, bien entendu sur la partie visible de l’histoire, celle qui est racontée à « l’instant T » au public mais surtout sur la partie invisible, celle qui existe en amont et en aval et qui gardera son mystère bien après la fin du spectacle. Dans ce contexte comique bien organisé, il fallait créer un choc. Il s’est produit en mettant en parallèle un environnement social bien cadré et ses travers, avec une rencontre spirituelle, au rythme Bollywoodien, totalement décalée.
Nous sommes donc dans une fiction qui se déroule dans le réel... et encore plus que pour les autres genres théâtraux, nous devions donc mettre en relief et surtout jouer le sous-texte !
